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Photo
: Pipilotti Rist / Musée d'art moderne de la ville
de Paris
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Un
habitat précaire au milieu d’une salle blanche.
Structure de bois recouverte de serviettes éponges.
A l’intérieur, un moniteur vidéo. un petit
banc de plastique fuchsia face à l’ouverture.
Il
y avait celle là, debout près
de l’installation, à se contorsionner pour voir quand
même. Sans oser s’asseoir, sans oser tomber tête
et corps dans l’image.
Il
y avait cet autre, accroupi par terre, à
distance respectueuse du donné à voir, comme
pour se protéger de l’image.
Et
puis cet autre encore, qui passe le seuil, lance
un regard et s’enfuit.
Celle
là, enfin, assise sur le banc rose, physiquement
prise par l’image, faisant corps avec, l’image pour elle
seule, son corps empêchant les autres de voir, l’installation
cernant sa vision au point de l’abstraire des autres spectateurs.
Pipilotti
Rist explore les espaces, l’espace entre le corps
et l’image, l’espace entre les corps, entre deux intimités
en présence.
L’exposition
Remake of the week end, présentée
par la plasticienne suisse Pipilotti Rist au Musée
d’art Moderne de la ville de Paris du 22 avril au 19 septembre
1999, plonge le spectateur dans l’appartement - l’univers
- d’Himalaya Goldstein. Pipilotti Rist met en scène
un parcours - un voyage -, jouant sur nos habitudes visuelles
de (télé) spectateurs. Va et vient constant
entre identification et distanciation, jeu sur le décalage,
le presque habituel, le presque rassurant. Pièges
visuels jouissifs.
Le
jardin, composé - en partie - de cette
"cabane d’été" (Sunday morning
hut, 1999) contenant l’installation vidéo Blood
room (1999), force l’entrée du spectateur
dans l’image, sans distance aucune. Il faut littéralement
plonger la tête dans l’image - dans l’oeuvre d’art
- pour y avoir accès. Accepter de s’installer sur
ce petit banc rose et prendre l’image pour soi seul. Accepter
la confrontation avec un intime hors-soi, regarder ses propres
habitudes visuelles par la lentille déformante -
révélatrice - d’un regard autre.
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Blood
room présente - sous la forme si familière
des images vives et découpées du vidéo
clip - des gros plans du corps d’une femme submergée
par un flot de sang rose fuchsia entourés d’un cercle-placenta
de la même couleur. Assis, là, sur le banc
taché de rose, partie intégrante de l’installation,
face à l’organique humain et au tabou social (religieux)
du ventre, le corps du visiteur est happé par l’image,
pensant entrer par effraction dans un univers étranger,
il se trouve submergé par lui, fasciné, ingéré
par l’image. Identification totale regardant - regardé.
Acceptation (ou refus) totale du "corps étranger".
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