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Photo
: Pipilotti Rist / Musée d'art moderne de la ville
de Paris
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Le
jeu peut alors commencer. Le spectateur, replongé
consciemment par l’artiste dans sa fascination habituelle,
passive de dévoreur d’images - flot d’images incessant,
immobiles, mouvantes, vues, regardées, intégrées;
va être pris au piège de sa propre vision,
par les imperfections de cet univers si proche - si éloigné.
Le " verfremdungseffect " de Brecht
n’est pas si loin... En effet, Pipilotti Rist reprend à
son compte deux courants de mise en scène théâtrale
- de pensée théâtrale - pour nous donner
à voir notre rapport à l’image. Les accidents
techniques des bandes vidéo et de prise de son ne
sont pas corrigés.
Les
structures de soutien des murs du salon d’Himalaya
Goldstein sont laissées apparentes, tout l’appartement
est ainsi donné comme un décor de théâtre,
comme un espace de rêve construit, comme un univers
de carton pâte. Cet univers, reçu dans un premier
temps viscéralement par le spectateur, le nez collé
à l’oeuvre, est subitement mis à distance.
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Photo
: Pipilotti Rist / Musée d'art moderne de la ville
de Paris
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Pipilotti
Rist déclare la manipulation par l’image
en en montrant les rouages. Cette Himalaya Goldstein commençait
à exister comme un personnage à part entière,
comme un autoportrait de l’artiste, pourquoi pas - après
tout, elle a son corps - le plaisir de l’identification
nous poussant plus ou moins vers cette erreur enfantine
d’assimilation entre personnage et comédien, auteur
et personnages, la force des images et des mélodies,
des sons, qui nous laissait vivre les images sur un mode
émotionnel est soudainement éloigné:
l’image résulte d’une intention, elle est construite
dans un but bien précis. Comme la manipulation est
facile...
L’appartement
d’Himalaya Goldstein n’est pas une transposition
du réel, encore moins un réel fictif, il est
un espace ouvert au rêve, un espace de conte, que
chaque spectateur - le terme me semble ici des moins appropriés
mais je ne parviens pas à en trouver de plus satisfaisant
- peuple consciemment de sa propre mythologie, où
chaque spectateur construit son propre voyage initiatique
(la montagne comme topos de la quête de soi ...) partant
de la proximité à autrui, du non vu car trop
proche, de l’épidermique (Blood room), vers
l’espace, ouvert, infini, d’un macrocosme humain souriant
et libéré (Extremities, (soft, soft),
1999), face à ses propres tabous, ses propres représentations
sociales, ses propres fantasmes, ses propres habitudes visuelles.
L’image n’est plus icône. Passage de la fascination
par l’image à la conscience du regard.
Sophie Canillac
Remerciements au
service de presse du
Musée d’art Moderne de la ville de Paris
Pour en savoir plus sur Pipilotti Rist
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