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La
rupture des années 90 :
le territoire en question
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Daniela
Rossel
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L’expression
artistique des années 90 se construit en rupture
totale avec le néo-mexicanisme des années
80, en réaction contre le mythe de la
" mexicanité ".
La dernière décennie représente pour
le Mexique l’ouverture des frontières sur le plan
économique et l’intégration de l’Etat mexicain
à la vaste zone de libre échange de l’ALENA.
De ce contexte, auquel s’ajoute la fin de la réforme
agraire, surgit l’obsolescence des valeurs qui ont fondé
l’ " identité mexicaine ",
que l’art, fortement poussé par l’Etat, a contribué
à bâtir.
Un
courant artistique apparaît, basé sur l’utilisation
de symboles, de lieux communs attachés au Japon.
Cependant, si la présence de stéréotypes
attachés à une culture peut sembler unir le
néo-mexicanisme à l’orientalisme, le projet
artistique menant à l’utilisation de ces stéréotypes
est radicalement différent, ainsi que la nature même
des symboles utilisés. En effet, si les symboles
de l’art des années 80 visaient à rendre visible
l’identité mexicaine, ceux des années 90,
empruntés à une culture qui se situe à
l’opposé de la culture mexicaine (esthétique
du silence et de l’ordre, large utilisation du vide dans
les estampes au Japon, esthétique du bigarré,
du chaos et de la saturation des surfaces au Mexique) permettent
d’évoquer un " hors espace "
qui présente l’identité nationale comme une
mystification. Les œuvres orientalistes présentent
ainsi l’identité nationale comme " un
jeu de masques " qui fait obstacle à
la nature profonde des êtres. Ainsi, l’orientalisme
ne se réfère pas à un Japon réel,
mais à un monde utopique permettant, par son éloignement,
de prendre des distances avec les représentations
de l’identité nationale.
En
outre, si le néo-mexicanisme utilisait des symboles
fermés, permettant une lecture immédiate du
sens (l’image de la vierge de Guadalupe ne représente
qu’une chose : la religion dominante, Poncho Villa,
la Révolution etc.…) l’orientalisme use de symboles
ouverts, visant à déconstruire les mythes
nationaux.
| Le Mexique perd de
ce fait ses idéaux et son "identité",
même illusoire. C’est ce contexte qu'Eduardo Abaroa
présente dans ses œuvres, "un monde où
les idéaux utopiques ont disparu et sont remplacés
par leur contraire" |
Ainsi,
les Peccados de Daniela Rossel questionnent le catholicisme
mexicain populaire par un subtil jeu d’oppositions
entre les différentes connotations de l’hostie (matière
utilisée pour construire l’œuvre) et du poisson (sujet
représenté). Elle contraste le cercle de l’hostie
et le découpage complexe, à la manière
des papiers découpés japonais, du poisson,
le symbole sacré et pur de l’hostie et l’aspect peu
avenant du poisson, bouche ouverte, comme pour dévorer,
le blanc de l’hostie et les couleurs violentes du poisson
... Elle ne propose donc pas ici de lecture simple, de réponse
à un questionnement identitaire, mais formule des
questions, auquel le spectateur seul peut répondre,
par le biais de petits formats en réaction contre
le monumentalisme populaire (populiste ?) du muralisme.
L’œuvre de Pablo Vargas Lugo final
(Japan) détourne la tradition du muralisme
en le vidant de son sens originel, exprimer la mexicanité,
en monumentalisant une île et le drapeau japonais,
qu’il installe sur un bâtiment public. Quel sens peut
avoir cette forme sur un bâtiment mexicain ?
Aucun. L’œuvre de Lugo, elle aussi, questionne le bien fondé
du mythe de l’identité mexicaine, en assimilant l’œuvre
des muralistes à cette forme absurde, affirmant par
un heurt visuel que la recherche artistique d’une essence
nationale est aussi illusoire que manipulatrice.
Dans
la même optique de réaction contre les " erreurs
philosophiques " des prédécesseurs, émerge
dans le Centro de Mexico dans les années 90
un courant d’art de l’objet et d’installations, fortement
lié à la culture urbaine, principalement du
fait d’artistes étrangers. Cette émergence,
fortement liée à l’évolution de l’art
au niveau international, permet en outre de se détacher
de l’emprise de l’Etat et des musées, rompant ainsi
avec la mainmise traditionnelle de l’Etat mexicains sur
l’art.
Le
cas Eduardo Abaroa est singulier sur la scène artistique
mexicaine contemporaine. Il est néanmoins
révélateur d’une nouvelle vision du Mexique,
issue de la désagrégation des idéaux
révolutionnaires et, de ce fait de la crise d’identité
que subit le Mexique, la révolution ayant été
présentée et acceptée comme un des
éléments fondateurs de la mexicanité.
En
effet, dans les années 90, les grands projets de
la Révolution sont abandonnées et cèdent
le pas au libéralisme : la réforme
agraire prend fin, ainsi que les campagnes d’instruction
publique et l’hégémonie de l’Etat dans le
domaine de l’industrie et les finances. Le Mexique perd
de ce fait ses idéaux et son " identité ",
même illusoire. C’est ce contexte que présente
Eduardo Abaroa dans ses œuvres, " un
monde où les idéaux utopiques ont disparu
et sont remplacés par leur contraire ".
La forme amusante de ses personnages et leurs couleurs vives
mettent en évidence la contradiction de nos sociétés
entre leur apparence et la réalité de la situation.
Introduction
Le Mexique moderne et l'Europe
Le tournant révolutionnaire
: vers l'Amérique et l'indinanité
La
rupture des années 90 : le territoire en question
L'identité
et l'espace national
Bibliographie
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