Une rue, une scène ?

L'espace de la rue appartient-il au pouvoir politique ou au citoyen ? La loi limite les lieux autorisés aux arts de la rue. Dans quel but ?


Photo de Sophie Canillac
Photo de Sophie Canillac

L’espace de la rue, de la ville, est depuis longtemps l’espace où le politique se met en scène, où les pouvoirs en place se représentent afin d’instaurer dans la conscience des citoyens un consensus autour de la forme de régime adoptée. La IIIe république est ainsi parvenue à établir une adhésion durable des français à une forme de gouvernement alors plus que controversée en donnant à voir son système de valeurs par l’intermédiaire d’images symboliques fortes, telle celle de Marianne, monumentalisée place de la République et de la Nation, et de mises en scènes d’évènements destinées à bâtir une cohésion nationale (14 juillet, panthéonisation de Victor Hugo…). La rue est de ce point de vue un enjeu politique majeur, dans la mesure où les pouvoirs en place et les forces d’opposition y créent des symboles, les détournent ou se les réapproprient afin de s’attirer par la fascination l’adhésion du plus grand nombre.

Les législations actuelles limitant les arts de la rue à des aires géographiques restreintes répondent à une logique autre que la préoccupation affichée pour la quiétude des riverains.Visant à réserver l’espace urbain au politique institutionnel, elles empêchent les citoyens de se l’approprier, en limitant les possibilités des citoyens-acteurs d’instaurer un échange, une rencontre, de générer un regard, un questionnement de la part des citoyens-passants. Irais je jusqu’à penser que ces limitations entrent dans un processus de transformation du Citoyen en sujet-passif ?

Photo de Sophie Canillac
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Irais je jusqu’à dire que ces mesures ont pour but de limiter la liberté d’expression en laissant croire le contraire ? Oui. D’autant plus que les lieux autorisés, par la symbolique qui leur est attachée, dénient d’emblée tout « sérieux » aux performances qui s’y déroulent, les classant dans le divertissement, et leur supprimant toute possibilité d’être entendus comme porteurs de politique au sens premier du mot. Le forum des halles est en effet un lieu de distraction, Saint Germain est coloré de l’insouciance des Zazous, du swing, de la fête et de la danse comme échappatoire au politique, tandis que Beaubourg est un des symboles de l’art, encore considéré – à tort – comme l’antithèse du politique.

N’autoriser les spectacles de rues que dans ces cadres restreints revient à qualifier les artistes de rue au pire de saltimbanques, au mieux d’artistes, mais disqualifie de toutes manières leur portée politique au sens large, au sens où donner à voir, où agir, où entrer en contact avec d’autres citoyens, où proposer un regard parallèle implique une prise de position envers la chose publique (la res publica) mise en actes.

Sophie Canillac

 
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Arrêté du préfet de police de Paris du 9 septembre 1982

 
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