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L'Asile
Utopique : Pourquoi as tu réalisé cette
série de photos d'enfants ? Il semble que
tu aies choisi de photographier l’échange,
le relationnel entre les enfants ?
André Bénard : Le relationnel,
oui, parce que ça m’intéresse !
Le relationnel par rapport à l’enfance, au monde
de l’enfance, n’est pas tellement pris en considération
dans la production photographique. J’ai essayé
de montrer un état des lieux, un constat de situations.
Tu
me disais lors de notre dernière conversation qu’il
y avait une différence entre tes images et celles
qui sont habituellement prises sur l’enfance, du type
photo de presse, majoritairement "misérabilistes".
Tout à fait. J’ai eu l’impression que
ce qui ressortait de l’imagerie enfantine était
souvent lié aux détresses humaines, et pas
du tout à des visions positives de l’enfance. On
voit plutôt des photos de famille. Ce genre d’imageries
consiste à montrer le bonheur à l’intérieur
de la famille et pas forcément le bonheur à
l’intérieur d’une relation sociale hors de la famille.
Parce que l’on est encore dans un système où
c’est encore lié à la vie privée,
le bonheur… Dans les familles, généralement,
c’est toujours des photos de rituels familiaux : banquets,
noces, anniversaires, de choses solennelles… Peu de gens
photographient leurs enfants dans des situations qui ne
sont pas "sujets" de photographie .
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sur la photo pour voir...
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Dans
des situations " hors cadre "…
Hors cadre, voilà…c’est ça !
C’est montrer d’autres aspects de la réalité
quotidienne de l’enfance, peut être plus intéressantes
que la réalité officielle de la représentation.
Mais ce n’est pas révolutionnaire, quoi ! Je pourrais
aller un peu plus loin, si j’en ai l’occasion…
Comment
les enfants ont ils pris le fait que tu les photographie,
du moins au début ? Est-ce que, inconsciemment,
ils se mettaient en scène pour que tu prennes une
photo ? Ou est-ce que ça s’est fait d’une façon
plus naturelle, en oubliant l’appareil ?
La relation humaine qui s’est créée
avant faisait qu’ils savaient que dans l’ensemble des
animateurs adultes, j’étais celui qui, de temps
en temps, sortait son appareil photo, et faisait des photos,
point. A partir de ce moment là, c’était
une habitude, ça faisait partie de moi, de mon
personnage. Certains avait envie de poser pour que je
les photographie, mais au bout d’un moment, ça
ne se faisait plus, ils m’oubliaient un peu… justement,
ce qui m’intéressait, c’était de me faire
oublier…Ce qui est gênant, c’est qu’au bout d’un
certain temps, tu as l’impression d’être transparent…
Mais
on attend toujours quelque chose d’une photo, ou d’un
photographe. Il prend une image et on a toujours un peu
envie quelle corresponde à l’image que l'on a de
soi…
Justement non, il n’y avait pas cet aspect
je voudrais être représenté
comme je souhaiterais être", c’est une démarche
typique d’adulte, ça… d’adulte qui a pris conscience
de certaines appartenances, d’une esthétique sociale.
Il y a des notions de valorisation de soi qui n’existent
pas forcément chez les enfants. L’appareil photo
est là, d’accord, mais le regard est admis, autorisé,
la relation n’est pas faussée.
Par contre, il y a une question qui me dérange :
celle de l’autorisation parentale. Je fais une photo
qui, pour moi, est expressive, de qualité. Et pourtant,
je suis obligé, en tant que photographe, de demander
l'autorisation à une autre personne, pour le simple
fait que c’est un membre de sa famille qui est représenté.
Ce n’est même pas la personne qui est représentée
qui va me dire si oui ou non je peux exposer cette photo !
Ca me paraît très injuste…
Propos
recueillis par
Sophie Canillac
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