T'es fou d'ouvrir les yeux quand tu danses


C'est à partir d'un travail sur l'écoute des autres que l'atelier chorégraphique de l'université de Saint-Denis a monté un spectacle de danse. Si l'on ne voit pas seulement avc les yeux, comment percevoir la présence de l'autre par sa respiration, son toucher... L'une des danseuses nous raconte cette recherche


Photo de Raphaël Meyssan
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Le projet de cette pièce est né de l'exploration corporelle de la notion d'harmonique. En musique, l'harmonique désigne certains rapports ou assemblages de sons caractéristiques et parents, en harmonie. La danse nous a alors menés à nous interroger sur notre mode de présence à l'autre, ancré dans nos différences. Comment nos gestes peuvent prendre racine chez l'autre et vice versa, au plus profond de nos désaccords comme à l'instant de la meilleure entente. En partant d'improvisation en duo ou en trio les yeux bandés, nous voulions éveiller toutes les facultés de voir et de sentir du corps présent aux autres.

La chorégraphie s'est soudainement teinté d'engagement "politique", à la création du solo de sa première partie. En effet, en réaction à l'actualité de ce début d'année concernant l'arrestation et le relâchement sans jugement du dictateur Pinochet, nous avons travaillé sur une chanson de Julos Beaucarne : Lettre à Kissinger. Sur les accords tranquilles de la guitare, le chanteur dénonce, sans emphase mais avec force, la complicité des Etats Unis dans le coup d'état chilien du 11 novembre 1973. Avant l'engagement politique, ce thème a engendré une gestuelle touchée par ce que peut endurer ou faire endurer l'être humain...

Photo de Raphaël Meyssan
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Après cela, quelle danse et quel corps sont possibles ? Nous avons cherché des gestes de témoignage, d'attente et de conscience qui fondent la possibilité et la nécessité d'exprimer encore, de danser et d'être toujours présent à l'autre.

"T'es fou d'ouvrir les yeux quand tu danses" a évolué au cours de l'année et s'est donné différemment à chaque représentation : de cinq danseurs à la première, nous sommes passés à quatre pour la seconde, au duo pour la troisième. Cette évolution nous a tenus en éveil, sur le qui vive, toujours prêts à remettre la chorégraphie en état de création. Et elle continue de vivre, nous serons trois pour la dernière... Le thème qui sous-tend tout ce travail avait besoin d'être ainsi éprouvé ; d'éprouver la présence à l'autre jusqu'à la présence à l'absent... à celui devenu absent dont parle Julos Beaucarne.

Sophie Berrué

 
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Danseurs :

Violaine Daamache
Sophie Berrué
Claire Carré
Muriel Rakotomalala
Serge Papiernik-Soyez

 

 

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