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Dessin
de Sophie Canillac
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Elle
se promène seule sur les quais de Seine.
Elle est angoissée, elle ne tremble pas mais des frissons
parcourent son corps. Elle sent là, bien au chaud au creux
de son ventre, ronronnant comme un chaton endormi, cette
boule à la fois chaude et terrifiante de son problème insoluble.
Sans solution, c'est le mot. Elle compte ses pas, le bruit
de ses semelles sur la pierre. Attention, il ne faut pas
marcher sur les traits, les rainures sont des failles, des
abîmes profonds. Non, bien rester sur la pierre dure et
lisse, poser son pied au centre, stable, sans effleurer
les contours. Elle se concentre sur sa démarche, sur sa
marche, ne pas penser surtout au chaton qui dort, il dort,
ne pas le réveiller, écouter le son de ses pas, le claquement
du talon posé d'abord suivi de près du glissement de la
semelle. Marcher au rythme de l'eau qui coule à ses côtés
et ne pas écouter le ronron du chaton, ne pas faire trop
de bruit pour ne pas l'éveiller, respirer doucement,, souffler
lentement. un, deux, trois... sans solution, insoluble,
va-t-elle trouver ce qu'elle cherche, mais si ce qu'elle
cherche n'est pas là, si c'est ailleurs et si ça n'existe
pas - sa respiration s'accélère, le chaton va se réveiller,
et le savoir la terrifie.
Elle
sait qu'il est là, en elle, et qu'il ne se passe pas un
jour sans qu'il le lui fasse savoir... Surtout
se calmer, mais déjà, elle sent qu'on a appuyé sur la petite
poire derrière ses paupières et que le sel amer cristallisé
jusqu'ici va fondre dans le ruissellement de ses yeux. En
voilà une, douce et chaude qui naît imperceptiblement dans
le triangle rouge du coin de son oeil, mais qui trop lourde
pour rester accrochée à ses cils, déferle lentement redessinant
son nez pour mourir happée par sa langue - une mais pas
deux -. Les chats n'aiment pas l'eau, si elle mouille le
chaton de ses larmes il peut le lui faire payer. Mais c'est
lui qui l'a choisie, elle ne l'a pas réclamé. Il est là
et il ne faut pas qu'elle le réveille, tant qu'il sommeille
en elle, elle peut faire comme si il n'était pas là, jamais.
S'il pouvait mourir, ou s'endormir toujours pour la laisser
pleurer sans être la cause ni de ses larmes ni du fait qu'elle
doive les retenir. avoir envie sans pouvoir.
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Dessin
de Sophie Canillac
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"Je
veux qu'il meure!", elle se surprend à marmonner
cette phrase, mais elle a parlé! elle va le réveiller. attention,
se contrôler, ne pas faire de bruit, résister au sanglot,
respirer régulièrement, penser surtout... sans parler. Heureusement
il dort, il ne peut pas entendre ce qu'elle pense, pas encore
- et puis il est encore petit, même si il a grossi il est
encore petit. Réfléchir vite, penser bien, avant qu'il ne
s'éveille, trouver la solution. vite vite!
Elle
sent l'eau lui caresser les orteils, elle pénètre
lentement dans ses chaussures, fait le tour de ses doigts
de pieds et imprègne complètement ses chaussettes avant
d'enserrer sa cheville puis de glacer ses mollets, ses genoux
se tendent et les cuisses sont happées puis les fesses à
leur tour jouissent de l'humidité glacée, lorsque l'eau
atteint le bas ventre le chaton est déjà noyé, elle ferme
les yeux, la bouche..... il est mort.
Tania Mirsalis
illustration: SoCani
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