L'espace du corps dansant

 


Photo de Raphaël Meyssan
Photo de Raphaël Meyssan

L'espace de la danse dépasse le cadre de la scène. La scène du théâtre est un espace déterminé : il est limité par un cadre, des coulisses, une superficie... Dès que le danseur apparaît sur scène, cet espace devient autre, son mouvement s'étend au-delà. Les mouvements du danseur façonnent leur propre espace : lorsque l'on voit un danseur sortir du cadre de la scène, on n'imagine pas qu'il cesse de danser et s'assoit dans les coulisses. Comment comprendre cet espace nouveau créé par la danse ?

Du geste quotidien au mouvement dansé. Le mouvement n'est pas la seule propriété du danseur. Seulement dans notre vie quotidienne nous l'appréhendons différemment. Lorsque nous buvons une tasse de thé, chez nous, le geste est motivé par un but extérieur : boire sa tasse de thé. Si ce même geste devait être dansé, le but n'importerait plus. Le mouvement dansé existe pour lui-même. Si le danseur doit boire une tasse de thé sur scène, la tasse peut disparaître. Il porte son attention sur son mouvement : il est présent à ce qu'il fait, il a une singulière conscience de son geste. Ce geste n'a plus besoin de prétexte pour exister.

Le danseur métamorphose l'espace qui lui préexiste, qu'il s'exécute dans un théâtre ou dans un autre lieu. Le chorégraphe américain Merce Cunningham amène sa compagnie à danser hors des théâtres : dans la rue, dans des musées, des lieux historiques. La rue est un lieu de passages, de rencontres, de rendez-vous. Lorsque les danseurs l'investissent, l'espace se trouve transformé. Les passants s'arrêtent et suivent les mouvements du regard. Ils forment un cercle qui contribue à créer l'espace de la danse, du spectacle.

Le corps dansant crée aussi son univers sonore. L'espace s'écoute par le souffle du danseur, le bruit des chutes, le grincement des pieds nus sur la scène. [écoute d'une danse de William Forsythe en MP3Un logiciel de lecture MP3 est nécessaire. Voir en bas de page.] Au contraire du ballet classique, la danse contemporaine accepte le corps dans sa réalité charnelle. Il ne prétend pas s'élever hors pesanteur, mais recherche son expression dans la gravité.

Dessin et matière de l'espace

Photos de Raphaël Meyssan
Photos de Raphaël Meyssan

Pour qu'il y ait espace de la danse, il faut qu'il y ait espace du corps. Le mouvement ne vient pas de l'extérieur. Il n'est pas une forme à laquelle le danseur devrait se plier. Le danseur qui étend les bras n'a pas pour objectif de dessiner une ligne visible pour l'œil. Mais la ligne qu'il crée naît de son énergie qui prolonge le mouvement de ses bras dans l'espace. Ainsi le danseur " n'étend pas seulement les bras ", mais dilate ses articulations et intensifie son énergie dans une direction. Finalement se ne sont pas des formes mais des flux d'énergie prenant forme dans le corps qui créent l'espace de la danse. L'espace du corps n'est donc pas délimité par son enveloppe charnelle. Il n'a pas de limite : le mouvement rend floues ses limites physiques et rend illimité ce dont il est capable en matière de temps et d'espace.

Le danseur part donc de l'espace de son corps pour créer le mouvement. Il peut par exemple, faire converger son intérêt vers une partie de son corps. Il choisit le ou les points d'intensité qui donneront la direction, la rapidité, la texture du mouvement. S'il travaille sur la main, il pourra penser cet espace en termes d'extrémité qui mène à la dilatation des articulations du bras. S'il travaille sur les articulations, il jouera peut-être sur l'idée des charnières qui se jouent les unes des autres...

La matière de l'espace. L'espace peut aussi être travaillé comme une matière, une texture ou une atmosphère. Le danseur qui considère son corps dans l'univers de la pesanteur va porter son attention sur le poids. Et le poids se manifeste en grande part dans son rapport à un autre corps, que se soit celui d'un danseur, d'un objet ou du sol. Le mouvement interrogera donc le poids dans les appuis, les contrepoids, les portés... La texture de l'air peut alors se faire plus ou moins dense, plus ou moins lourde et évocatrice pour le spectateur. [Paroles d'Odile Duboc en MP3Un logiciel de lecture MP3 est nécessaire. Voir en bas de page.]

Sophie Berrué

 

Un logiciel de lecture MP3 est nécessaire. Voir en bas de page.Pour écouter des fichiers son au format MP3, un petit logiciel est nécessaire. Version PC (540 Ko). Version Mac (514 Ko)

 
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Le mouvement infini

Article le mouvement infini Où commence le mouvement ? Où finit-il ? S'il troue l'espace ordinaire de la représentation, si l'espace qu'il crée s'étend au-delà de celui de la scène, il porte nécessairement en lui quelque chose d'inaccessible pour le spectateur.

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Bibliographie

 
 Sophie Berrué est aussi peintre. Elle a réalisé l'affiche du spectacle Bal Trap mis en scène par Mariline Gourdon.

 

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