L'obsession du poisson-chat


Lemuel Anseaume a réalisé une recherche de DEA sur les poissons-chats... Son étude, très sérieuse est-il besoin de le préciser, participait de la classification des espèces. Il nous explique pourquoi, jours et nuits pendant des mois, il a planché sur ce sujet

Dessin d'un poisson-chat

La Systématique: objets et sources ou Biodiversité et Poissons-Chats des Grands Lacs Africains


La majorité des espèces décrites à l’heure actuelle (1,5 à 1,8 million) sont désormais menacées de disparition ou d’appauvrissement, à une vitesse mille à dix mille fois supérieure à celle des grandes périodes géologiques d’extinctions, du fait des activités humaines.

Avec la protection de la biodiversité c’est de l’avenir de l’Homme, en tant qu’espèce dépendant de toutes les autres pour son développement (futur, biologique, social et économique) dont il est question. La protection de quelques milliers d’espèces n’est envisageable que si l’on y associe celle de leurs habitats naturels. Mais comment choisir les zones à protéger sans se donner les moyens préalables de parfaire l’inventaire des espèces vivantes. Certes, certains groupes faunistiques et floristiques sont bien connus dans leur diversité, mais nombreux sont ceux pour lesquels il reste des lacunes ou des friches du fait de la petite taille des espèces de ces groupes, de leurs habitats difficilement accessibles ou de leur importance numérique. Il en va ainsi de groupes comme les Champignons, les Nématodes ou des très nombreux groupes d’animaux ou de végétaux marins.

Dessin de Sophie BerruéLa Systématique est la discipline qui permet à la fois la synthèse et la hiérarchisation de nos connaissances, pour chaque groupe comme pour l’ensemble des êtres vivants.

Même les Poissons, qui sont pourtant présent dans presque toutes les eaux du globe et renferment plus de la moitié de tous les Vertébrés - c’est à dire plus que toutes les espèces d’Amphibiens, de Reptiles, d’Oiseaux et de Mammifères réunies - restent très mal connus, à l’exception des espèces les plus exploitées et les plus rentables économiquement (dans les pays qui ont les moyens financiers pour les consommer et les étudier). Bien entendu, même mal connues beaucoup d’espèces de Poissons sont recensées par les scientifiques. Mais la découverte de nouvelles espèces, comme l’évolution rapide des connaissances, des techniques et des concepts, conduit les chercheurs à réviser et à remettre en cause les classifications préétablies. Car, évidemment la Systématique, comme toutes les disciplines scientifiques, est un secteur dynamique; et non une discipline de grand-papa.

Les groupes de Poissons qui font l’objet de révisions sont prioritairement ceux qui concernent des espèces directement utilisables par l’Homme. La grande majorité de ces travaux se penchent à l’heure actuelle sur des zones géographiques comme l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique du Sud et les mers de l’Hémisphère Sud, où les poissons constituent la principal source de protéines animales pour les populations locales.

Dessin de Sophie BerruéParmi ces Poissons d’intérêts économiques majeurs on trouve les Poissons-chats qui, avec 33 familles et plus de 3 000 espèces, presque toutes d’eaux douces, sont notamment présent sur les trois continents cités ci-dessus. L’une des ces familles, les Clariidae renferme de nombreuses espèces comestibles qui sont exploitées par les pêcheries locales (certaines faisant même l’objet d’élevages en Afrique, en Asie ou en Europe). Cette famille comprend près de trente espèces (souvent capables de se déplacer sur la terre ferme en respirant l’oxygène atmosphérique), dépassant 1 mètre de long, qui font toutes l’objet d’attentions particulières pour nourrir les populations pauvres dans un avenir proche. Rappelons ici que la population mondiale devrait doubler d’ici un siècle - d’où de gros problèmes d’alimentations en perspective - et que ces poissons, la plupart omnivores, peuvent être produit à un faible prix de revient, donc accessible à un grand nombre de populations.

Les révisions de groupes terminaux (espèces et genres) servent à identifier les catégories correspondant à des réalité biologiques, à rendre compte de la diversité de ces catégories et à identifier les habitats, les répartitions et les exigences de ces espèces. Les révisions sont souvent réalisées par des étudiants de troisième cycle, faisant ainsi l’objet de mémoires de recherches, trop rarement publiés ou diffusés, qui sont conservées dans les archives des université de tutelles. Dans les rare cas où ces révisions font l'objet d’une publication, les articles ne sont guère diffusé que dans des cercles d’initiés (les bibliothèques des laboratoires et des universités concernés par le sujet) et ne représentent que la synthèse des principaux résultats.

C’est ainsi que je me suis penché sur des espèces inféodées aux lacs profonds (Tanganyika et Malawi) de la Vallée des Grands Rifts en Afrique. Les enjeux de ce travail étaient de mettre un terme à une polémique de spécialistes autour de douze espèces du lac Malawi et d’une espèces du lac Tanganyika. Pour répondre à la question, à savoir: les treize espèces font-elles partie d’un genre unique ou de deux genres biologiquement et géographiquement distincts ?, il aura fallut une année de travail. Pour mesurer et radiographier les spécimens du plus grand musée africain d’Europe (en Belgique; et oui !). Puis, pour comparer les résultats des analyses statistiques avec les descriptions originales de chacune des espèces et de chaque genre nominal et avec les données biogéograhique disponibles sur les poissons et les lacs concernés. Les résultats de ce travail ont aboutis à l’identification formelle de deux genres (Dinotopterus et Bathyclarias), biologiquement et géographiquement distincts, ainsi qu’à la production d’un mémoire, de près de cent pages (en Français)(1), et à la publication d’un court article dans une revue scientifique internationale (en Anglais) (2).

Lemuel Anseaume

(étudiant à l'université catholique
de Louvain - Belgique)

Dessin d'un poisson-chat

 
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