La
Systématique: objets et sources ou Biodiversité et Poissons-Chats
des Grands Lacs Africains
La majorité des espèces décrites à l’heure actuelle (1,5
à 1,8 million) sont désormais menacées de disparition
ou d’appauvrissement, à une vitesse mille à dix mille
fois supérieure à celle des grandes périodes géologiques
d’extinctions, du fait des activités humaines.
Avec
la protection de la biodiversité c’est de l’avenir de
l’Homme, en tant qu’espèce dépendant de toutes les autres
pour son développement (futur, biologique, social et économique)
dont il est question. La protection de quelques milliers
d’espèces n’est envisageable que si l’on y associe celle
de leurs habitats naturels. Mais comment choisir les zones
à protéger sans se donner les moyens préalables de parfaire
l’inventaire des espèces vivantes. Certes, certains groupes
faunistiques et floristiques sont bien connus dans leur
diversité, mais nombreux sont ceux pour lesquels il reste
des lacunes ou des friches du fait de la petite taille
des espèces de ces groupes, de leurs habitats difficilement
accessibles ou de leur importance numérique. Il en va
ainsi de groupes comme les Champignons, les Nématodes
ou des très nombreux groupes d’animaux ou de végétaux
marins.
La
Systématique est la discipline qui permet à
la fois la synthèse et la hiérarchisation de nos connaissances,
pour chaque groupe comme pour l’ensemble des êtres vivants.
Même les
Poissons, qui sont pourtant présent dans presque toutes
les eaux du globe et renferment plus de la moitié de tous
les Vertébrés - c’est à dire plus que toutes les espèces
d’Amphibiens, de Reptiles, d’Oiseaux et de Mammifères
réunies - restent très mal connus, à l’exception des espèces
les plus exploitées et les plus rentables économiquement
(dans les pays qui ont les moyens financiers pour les
consommer et les étudier). Bien entendu, même mal connues
beaucoup d’espèces de Poissons sont recensées par les
scientifiques. Mais la découverte de nouvelles espèces,
comme l’évolution rapide des connaissances, des techniques
et des concepts, conduit les chercheurs à réviser et à
remettre en cause les classifications préétablies. Car,
évidemment la Systématique, comme toutes les disciplines
scientifiques, est un secteur dynamique; et non une discipline
de grand-papa.
Les groupes
de Poissons qui font l’objet de révisions sont prioritairement
ceux qui concernent des espèces directement utilisables
par l’Homme. La grande majorité de ces travaux se penchent
à l’heure actuelle sur des zones géographiques comme l’Afrique,
l’Asie du Sud-Est, l’Amérique du Sud et les mers de l’Hémisphère
Sud, où les poissons constituent la principal source de
protéines animales pour les populations locales.
Parmi
ces Poissons d’intérêts économiques majeurs
on trouve les Poissons-chats qui, avec 33 familles et
plus de 3 000 espèces, presque toutes d’eaux douces, sont
notamment présent sur les trois continents cités ci-dessus.
L’une des ces familles, les Clariidae renferme de nombreuses
espèces comestibles qui sont exploitées par les pêcheries
locales (certaines faisant même l’objet d’élevages en
Afrique, en Asie ou en Europe). Cette famille comprend
près de trente espèces (souvent capables de se déplacer
sur la terre ferme en respirant l’oxygène atmosphérique),
dépassant 1 mètre de long, qui font toutes l’objet d’attentions
particulières pour nourrir les populations pauvres dans
un avenir proche. Rappelons ici que la population mondiale
devrait doubler d’ici un siècle - d’où de gros problèmes
d’alimentations en perspective - et que ces poissons,
la plupart omnivores, peuvent être produit à un faible
prix de revient, donc accessible à un grand nombre de
populations.
Les révisions
de groupes terminaux (espèces et genres) servent à identifier
les catégories correspondant à des réalité biologiques,
à rendre compte de la diversité de ces catégories et à
identifier les habitats, les répartitions et les exigences
de ces espèces. Les révisions sont souvent réalisées par
des étudiants de troisième cycle, faisant ainsi l’objet
de mémoires de recherches, trop rarement publiés ou diffusés,
qui sont conservées dans les archives des université de
tutelles. Dans les rare cas où ces révisions font l'objet
d’une publication, les articles ne sont guère diffusé
que dans des cercles d’initiés (les bibliothèques des
laboratoires et des universités concernés par le sujet)
et ne représentent que la synthèse des principaux résultats.
C’est
ainsi que je me suis penché sur des espèces inféodées
aux lacs profonds (Tanganyika et Malawi) de
la Vallée des Grands Rifts en Afrique. Les enjeux de ce
travail étaient de mettre un terme à une polémique de
spécialistes autour de douze espèces du lac Malawi et
d’une espèces du lac Tanganyika. Pour répondre à la question,
à savoir: les treize espèces font-elles partie d’un genre
unique ou de deux genres biologiquement et géographiquement
distincts ?, il aura fallut une année de travail. Pour
mesurer et radiographier les spécimens du plus grand musée
africain d’Europe (en Belgique; et oui !). Puis, pour
comparer les résultats des analyses statistiques avec
les descriptions originales de chacune des espèces et
de chaque genre nominal et avec les données biogéograhique
disponibles sur les poissons et les lacs concernés. Les
résultats de ce travail ont aboutis à l’identification
formelle de deux genres (Dinotopterus et Bathyclarias),
biologiquement et géographiquement distincts, ainsi qu’à
la production d’un mémoire, de près de cent pages (en
Français)(1), et à la publication d’un court article dans
une revue scientifique internationale (en Anglais) (2).
Lemuel
Anseaume
(étudiant
à l'université catholique
de Louvain - Belgique)
