
Les
poissons-chats de la famille des Clariidae
(Ostariophysi; Siluriformes) sont d’une grande importance
socio-économique pour les populations indigènes. Pourtant
la systématique et la phylogénie de cette famille restent
encore mal connue.
Les
Clariidae ont une large répartition géographique et une
grande diversité en Afrique. Cette famille
est caractérisée par la présence de quatre paires de barbillons
péribuccaux, de longues nageoires dorsale et anale dépourvues
de rayons épineux, de nageoires pectorales portant un
rayon épineux, et surtout d’un appareil suprabranchial
qui leur permet de respirer l’oxygène atmosphérique. Cette
famille est représentée par de nombreuses formes qui donnent
une apparence d’évolution orthogénétique linéaire. En
effet, les genres de cette famille passent par différents
stades intermédiaires entre une forme au corps trapu,
avec une courte nageoire dorsale suivie d’une nageoire
adipeuse, et une forme anguilliforme, chez qui les nageoires
dorsale et anale deviennent confluantes avec la caudale,
et qui montre une tendance à la disparition des nageoires
paires et de l’appareil suprabranchial.
Les
espèces qui possèdent une nageoire adipeuse sont aussi
les plus grandes et les plus exploitées. C’est
le cas, en particulier, du genre Dinotopterus Boulenger,
1906 qui comprend, à l’heure actuelle, 13 espèces qui
sont toutes endémiques; mais 12 d’entre elles vivent dans
le lac Malawi, alors que la dernière vit dans le lac Tanganyika.
à l’origine, ce genre a été crée par Boulenger (1906)
pour la seule espèce du Tanganyika. Les espèces du Malawi
ont été réunies sous le genre Bathyclarias par Jackson en 1959. Peu de temps après, Greenwood (1961)
trouva que les espèces du genre Bathyclarias ne
se différenciaient pas suffisamment de Dinotopterus
cunningtoni Boulenger,
1906 pour justifier leur appartenance à un autre genre
et déclara donc ces deux genres synonymes.
Mais
la synonymie entre ces deux genres pose un problème, parce
que les deux lacs concernés
n’ont jamais eu de relations directes
et sont resté isolés pendant une longue période géologique.
Or, il n’a jamais été fait mention de membres du genre
Dinotopterus
ailleurs que dans ces deux lacs.
Nous
nous sommes proposé ici, par la première étude morphométrique
réalisée sur les membres de ce genre, de lever
l’ambiguïté de cette synonymie et de déterminer si elle
est justifiée ou non. Nous avons donc utilisé 38 mesures
morphométriques et 12 relevés méristiques que nous avons
soumis à des analyses en composantes principales pour
tenter de répondre à cette question. Nous avons aussi
tenu compte de quatre caractères morphologiques susceptibles
de distinguer les espèces du Malawi de celle du Tanganyika.
Nous
avons aussi intégré à ce travail l’étude de l’espèces
Heterobranchus boulengeri Pellegrin, 1922
parce qu’elle est endémique, mais du lac Mweru, qu’elle
possède aussi une nageoire adipeuse et parce que sa position
systématique posait quelques doutes. Nous avons traité
H. boulengeri de la même façon que D. cunningtoni
et que les espèces de Bathyclarias, et nous l’avons
soumise, dans un deuxième temps, aux même analyses statistiques.
Nos
résultats, et la comparaison de ceux-ci avec d’autres
genres de la famille des Clariidae, nous ont
permis de démontrer que les genres Dinotopterus
et Bathyclarias se dinguent du point de vue morphométrique
et ostéologique, notamment par leurs nageoires dorsale,
adipeuse et anale, et que la synonymie ne semble pas être
justifiée. Nous proposons donc de réhabiliter le genre
Bathyclarias comme nom valide.
Lemuel
Anseaume