Ecrire
au risque de philosopher
Un journalisme
du risque
philosophique
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Peinture
de Sophie Berrué
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Donnons
au journalisme la possibilité de prendre des risques,
de s’inscrire (d’écrire) dans un monde où
d’autre penseront différemment. Car si l’information
doit être vérifiée et exposée
sans a priori, pour plus "d’objectivité"
(de réalisme ?), il manque peut-être
au journalisme un peu de conscience philosophique.
Le
philosophe faisant part de sa pensée aux autres,
prend le risque de la voir contredite, dépassée.
Il prend le risque de dire sa pensée dans un monde
qui change et continuera de changer. La pensée
ne se fige jamais.
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Peinture
de Sophie Berrué
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Pour
le philosophe il n’est sans doute pas question d’avoir
raison plus qu’un autre. La pensée de
Kant si elle a été critiquée, contredite,
n’en est pas plus fausse. Elle est, dans l’altérité,
face et avec ce que d’autres peuvent penser. Si nous pensons
en accord ou en désaccord, aucune de nos idées
n'en anéantit une autre... si son existence est
bien fondée.
Alors
tentons de créer un journalisme incarné
dans le monde et dans nos vies, rigoureux dans
la recherche des données d’un événement,
d’un problème, et qui n’oublie pas de se risquer
à la contradiction. Le désaccord ne nous
donne ni raison ni tort mais est preuve de l’existence
de la pensée et de ce que nous pouvons oser avec
elle.
Voici
une raison d'être de L'Asile utopique.
Une raison qui nous entraîne toujours plus nombreux
dans l'aventure. L'aventure de la pensée, de la
découverte, de la recherche. Peut-être est-ce
une utopie, mais si l'utopie est la force de l'espoir...
nous pouvons tout. Jusqu'à la folie, voire au-delà.
L'Asile,
ce seul mot évoque bien des lieux, de
l'asile de fous à la terre d'asile. Est-ce un lieu
où l'on trouve la sécurité, le repos
ou alors l'enfermement ?
Est-on
prisonnier d'un asile ou bien plus libre qu'ailleurs ?
La tension qui habite ce mot est bien réelle :
on enferme les "fous" pour protéger le monde, le
"dehors" de cette folie. Et l'on demande l'asile pour
se protéger de ce même "dehors"... Où
est le danger ? Est-on absolument certain de rester d'un
côté où de l'autre ? La frontière
est si ténue et prendre le risque de s'inscrire
dans le monde peut nous faire basculer...
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Peinture
de Sophie Berrué
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Mais
l'asile n'est peut-être pas seulement ce lieu clos,
replié sur lui-même. N'est-ce pas un lieu
où l'on ne cesse de passer, qui nous offre la force
de repartir, d'aller vers...? Demander l'asile politique,
c'est demander un refuge sans abandonner car c'est un
moyen de pouvoir continuer encore sa lutte, son chemin.
On ne s'y terre pas. Il permet de conserver son intégrité
physique et sa dignité humaine afin de continuer
d'agir, de parler. L'asile n'est pas une fin en soi. Il
est l'espoir de ce qui suivra, de ce qui peut se produire.
Il peut faire que l'on soit là, présent
en acte, chose folle si l'on y pense.
Si
l'Asile est ouvert, s'il offre de rêver l'utopie,
alors il n'est pas ce lieu délimité et définissable.
Il n'est pas un territoire préconçu. Il
deviendra notre territoire, notre création, notre
recherche. Nous ne sommes pas au territoire, nous
le portons plutôt en nous. Mais l'enfermement
est bien réel et le corps réduit à
peu d'espace ne doit pas laisser son Asile utopique
s'effacer.
Sophie Berrué