Ce qu'ils qualifient de « rumeur »
s'appelle Internet

Il était une fois une époque lointaine dans laquelle les citoyens tenaient leurs informations de médiateurs professionnels.


Photographie de Sophie Berrué Photographie de Sophie Berrué

Une « rumeur extravagante » agite Internet : l'attentat qui a eu lieu au Pentagone le 11 septembre 2001 ne serait pas du à un avion. Plusieurs grands journaux français ont élevé leur voix pour dénoncer cette « désinformation » propagée tel un virus. Dans un éditorial publié le 21 mars, Le Monde enseigne doctement : « L'information est un travail, avec ses règles, ses apprentissages, ses vérifications. Grâce à la liberté qu'offre le Net, certains croient pouvoir s'en émanciper et propager le faux sans rencontrer les obstacles professionnels, déontologiques ou commerciaux qui sont ceux des autres médias. » L'Asile utopique, modeste webzine qui a diffusé ce « mensonge » auprès d'environ deux millions de personnes, vient de prendre une magistrale leçon de journalisme de la part du quotidien de référence. Tout peut rentrer dans l'ordre.

Sauf que tout a changé ! Jadis, dans une autre époque, avant l'existence d'Internet, l'information était centralisée. Le citoyen avait vis-à-vis d'elle une relation passive. Il devait se fier à la parole des journalistes. Aujourd'hui, le lecteur-internaute dispose d'un pouvoir de vérification directe. Certains journaux peuvent bien citer des témoins pour accréditer leur version des faits. Chaque internaute dispose des moyens de vérifier l'exactitude ou non des propos rapportés [Voir notre dossier].

Ce pouvoir, nous nous en sommes saisi. Vous aussi, lecteurs, vous vous en êtes emparé. Nous avons présenté des images invitant à se questionner. Des lecteurs ont vérifié que ces images n'avaient pas été modifiées ou inventée. Ils en ont cherché d'autres. Ils ont posé de nouvelles questions. Ils ont interrogé d'autres personnes. Ce petit site qui accueillait 8 000 personnes par mois en a rapidement reçu quotidiennement des dizaines de milliers, jusqu'à 85 000 en une seule journée. Comment appeler ce mouvement d'expression et de réflexion de milliers de citoyens ? « Rumeur! » a tranché la presse.

Ce petit site qui accueillait 8 000 personnes par mois en a rapidement reçu quotidiennement des dizaines de milliers, jusqu'à 85 000 en une seule journée. Comment appeler ce mouvement d'expression et de réflexion de milliers de citoyens ? « Rumeur! » a tranché la presse.

Nous nous sommes aussi interrogé sur le succès de notre dossier « Y a-t-il un avion dans le Pentagone ? ». On nous a entre autre accusé d'avoir organisé un « coup marketing ». « A côté, la promo Alphen, ça fait artisanat », écrit Libération. Sans paraître trop modeste, nous pouvons avancer que nous n'avions pas prévu de faire grimper le nombre de visites de ce site de 300 par jour à 85 000. Entre le mépris et la dénonciation d'une manipulation marketing, peut-être y a-t-il une place pour l'analyse.

Il est probable que la forme ludique du dossier ait joué un rôle dans le succès qu'il a eu. La journée du 11 septembre 2001 a été violente, traumatisante. Tous, nous avons été sous le choc. Comment ne pas faire bloc derrière les victimes et leurs représentants ? Comment douter, remettre en cause, enquêter lorsque l'on a besoin, au contraire, de se soutenir ? Le doute et l'investigation journalistiques n'étaient pas d'actualité. Grâce au jeu, on réapprend bien des choses. « Le jeu des 7 erreurs » est très éloigné de la forme journalistique classique. Pourtant, il a aidé, l'air de rien, à douter et enquêter de nouveau.

Une seule vision du 11 septembre était acceptable : la version officielle. C'est pourquoi il nous a semblé important de ne pas opposer une autre thèse, mais de susciter la capacité de chacun à douter et à se faire sa propre idée. Nous n'avons pas voulu donner de réponses toutes faites, mais poser des questions. Plus précisément : éveiller le questionnement chez le lecteur. Alors que le 11 septembre a été vécu de manière collective, frappant massivement l'opinion publique, nous avons voulu amener chaque personne à penser individuellement. Notre démarche n'a pas consisté à dire « voilà notre thèse que nous opposons à la thèse officielle », mais « la thèse officielle ne fait aucun doute, essayez de la justifier ». Et chacun se rend compte soi-même que ce n'est pas possible.

Photographie de Sophie Berrué
Photographie de Sophie Berrué

De même, dans ce dossier, nous avions décidé de n'utiliser que des photographies, laissant de côté beaucoup d'autres éléments qui font eux aussi apparaître l'incohérence de la version officielle. En utilisant uniquement des images, nous nous sommes volontairement placés sur le même niveau de compréhension que celui avec lequel nous avons appris l'événement. La perception des attentats a, en effet, été exclusivement visuelle. L'information elle-même fut en majeure partie télévisuelle. L'utilisation des images dans notre dossier a eu pour conséquence de replacer le lecteur sur le même champ d'appréhension. En éveillant le doute sur l'interprétation des photographies, ce dossier a ouvert une brèche dans le mur des fausses évidences que véhiculent les images. Peut-être ouvre-t-il la voie à une démarche qui aurait du être naturelle : penser, douter, enquêter.

Mais, bien sûr, il ne s'agit pas d'une leçon. Les journalistes du Monde resteront nos maîtres à penser. C'est d'ailleurs le rédacteur en chef du quotidien, Edwy Plenel, qui rappelle qu'un journaliste doit « être indépendant de tout pouvoir, apprendre à penser contre lui-même, se rendre disponible aux surprises de l'actualité et permettre au lecteur de se forger librement ses propres convictions ».

Sophie Berrué,
Jean-Sébastien Farez
et Raphaël Meyssan

 
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Y a-t-il un avion dans le Pentagone ?
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