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Des jeunes manipulés ? " Stop la violence ", mouvement de jeunes sur la question de la sécurité dans les banlieues, a-t-il été créé de toute pièce par le Parti socialiste, sur le même mode que SOS Racisme dans les années 80 ? Une enquête du Réseau Voltaire

Dessin de Bens
Dessin de Bens

Le manifeste " Stop la violence " à l'initiative du PS et du MDC ? Depuis sa publication, le 26 février, dans Nova Magazinen° 51, mars 1999, le manifeste " Stop la violence " a suscité un engouement médiatique important. Présenté comme une initiative spontanée, il a disposé de moyens considérables. Officiellement rédigé par des jeunes du Val-d'Oise et du Nord de Paris, ce manifeste n'est pas sans rappeler la création de SOS Racisme. S'agit-il d'une initiative spontanée ou bien d'un un " coup " devant bénéficier au gouvernement de Lionel Jospin ?

Etrangement, cette initiative répond aux attentes formulées au sein du Parti socialiste à fin de l'année dernière. Le 12 décembre 1998 s'était tenu à l'Assemblée nationale un colloque interne au PS sur le thème " Justice et sécurité ". À cette occasion, les délégués socialistes préconisèrent un enracinement dans les banlieues. Ils constatèrent qu'il manquait au PS une organisation capable d'occuper le terrain. Un tel mouvement, recommandèrent-il, ne devrait pas être axé sur la question du racismecomme SOS Racisme mais sur celle de la sécurité dans les quartiers. Il devrait être initié par des jeunes.

Deux mois et demi plus tard, le manifeste voyait le jour. Au cœur de cette opération, trois hommes : David Assouline, Christophe Nick et Pierre Péan, tous trois proches du PS. David Assouline avait participé au colloque du 12 décembre. Il est conseiller municipal (PS) dans le XXe arrondissement de Paris. Pierre Péan réside à Bouffémont d'où est parti le manifeste.

Un montage médiatique

La médiatisation de " Stop la violence" a été initiée par Nova Magazine et L'Evénementanciennement L'Evénement du Jeudi. Les équipes de ces deux journaux sont issues d'Actuel et de Globe qui, en leur temps, avaient lancé SOS Racisme. Jean-François Bizot, patron de Nova dirigeait Actuel. Le journaliste Christophe Nick qui a réalisé le reportage de départ de " Stop la violence " à Nova travaillait lui aussi à Actuel. Il connaît bien David Assouline. Dans Actuel, en janvier 1987, il avait réalisé un large dossier sur les manifestations de 1986 pendant lesquelles Assouline s'était distingué. Le même dispositif médiatique de " Stop la violence " est donc calqué sur celui de SOS Racisme.

"J'ai lu avec attention le texte de cet appel, qui rejoint l'idée souvent proclamée que la sûreté est un droit pour tous ; ce texte est réellement parfait"
Jean-Pierre Chevènement

Le reportage de Christophe Nick dans Nova Magazine est essentiellement centré sur les jeunes avec lesquels Pierre Péan et David Assouline l'ont mis en contact : ceux de Bouffémont, l'association Droit de cité (à Paris), ou encore la Caravane des quartiers. Dans cette dernière organisation intervient régulièrement Mehdi Lallaoui, un proche d'Assouline avec lequel il a signé une trilogie d'ouvrages sur l'histoire de l'immigration en France. Christophe Nick a essentiellement " enquêté " à Bouffémont (mairie socialiste), Sarcelles (dont le maire, jusqu'en 1997, était Dominique Strauss-Kahn) et Argenteuil (ville dont un conseiller municipal, Manuel Vails, est conseiller chargé de la communication et de la presse au cabinet du Premier ministre).

Le soutien des préfets

La sortie du manifeste coïncide opportunément avec les " Rencontre nationales des acteurs de la prévention de la délinquance " qui se sont tenues les 17 et 18 mars à Montpellier à l'initiative de Claude Bartolone, ministre socialiste de la Ville, et qui réunissaient Lionel Jospin, Élisabeth Guigou et Jean-Pierre Chevènement. Une délégation de sept membres de l'association " Stop la violence " (constituée le 15 mars) y était conviée. Elle était accompagnée de Christophe Nick et David Assouline.

Le 7 mars, répondant à une question d'actualité, Jean-Pierre Chevènement déclarait à propos du manifeste : " J'ai lu avec attention le texte de cet appel, qui rejoint l'idée souvent proclamée que la sûreté est un droit pour tous ; ce texte est réellement parfait. " Et le ministre de l'Intérieur d'ajouter qu'il avait appelé les préfets à soutenir l'initiative.

Afin de transformer " Stop la violence " en mouvement de masse, les dirigeant souhaiteraient organiser une grande marche du type de la " marche des Beurs " qui avait lancé SOS Racisme, ou encore des " marches blanches " contre la pédophilie en Belgique. Un fait divers serait exploité pour cette occasion : par exemple, le meurtre d'un jeune par un autre dans une cité. Nous verrons dans les prochaines semaines si cette stratégie se réalise.

Réseau Voltaire

 
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Les véritables dirigeants de "Stop la violence" ?

David Assouline
 Il est membre du parti socialiste. Depuis 1995, il est conseiller municipal (PS) dans le XXe arrondissement de Paris, d'où est parti le mouvement avec la ville de Bouffémont. Auparavant, David Assouline était passé par une multitude d'organisations d'extrême gauche relevant du courant lambertiste. Il s'était distingué lors des manifestations étudiantes de l'hiver 1986.

Christophe Nick
 Il est journaliste à Nova Magazine dont l'équipe est issue d'Actuel. Christophe Nick y était journaliste, tandis que le propriétaire de Nova en était le dirigeant. Actuel médiatisa avec le journal Globe la médiatisation de SOS Racisme lors de son lancement. Christophe Nick a travaillé avec Pierre Péan sur plusieurs enquêtes télévisées et sont les auteurs du livre TF1. Un Pouvoir (Fayard, 1997).

Pierre Péan
 Journaliste, il est aussi proche du parti socialiste. Pierre Péan réside depuis plusieurs années à Bouffémont, la ville du Val-d'Oise d'où est parti le manifeste. Le maire de cette commune, Michel Coffineau, appartient au PS, tandis que son premier adjoint, Michel Lacoux, est le président départemental du Mouvement des citoyens.

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