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L'avocat de Ramazan Alpaslan
a parlé d'acharnement judiciaire qui aurait poussé
ce jeune homme au suicide. Etes-vous d'accord avec
cette interprétation ?
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Je pense que depuis l'abolition des
Cours de sûreté de l'Etat en 1981, la XIVe section
du Parquet, qui est devenue la section antiterroriste,
agit de plus en plus à la manière de ces anciennes
cours. C'est à dire que la détention provisoire est
utilisée comme un moyen de pression psychique sur
les détenus. La présomption d'innocence ne joue pas
toujours. Je connaissais Ramazan à travers les membres
de sa famille, en particulier à travers son oncle,
qui a été un des membres de notre institut, et qui
est honorablement connu dans la communauté kurde de
France comme quelqu'un qui n'est pas violent, qui
essaie de faire avancer la cause kurde par des moyens
pacifiques. J'avais acquis la conviction que c'était
de la part de la justice une façon de ratisser large,
de voir ce qui tombe dans le filet et de se constituer
un fichier de militants kurdes. Éventuellement dans
l'espoir d'utiliser les uns comme des témoins à charge
contre d'autres qui sont en détention provisoire.
Il y a là un dysfonctionnement de la justice et il
faut qu'il y ait un débat judiciaire.
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Vous pensez donc que les charges
retenues contre Ramazan - association avec une entreprise
terroriste - n'étaient pas suffisamment fondées ?
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Elles n'étaient manifestement pas
fondées. Ce qu'on pouvait lui reprocher, c'était la
détention d'une arme prohibée [un revolver, NDLR],
ce qui en France constitue un délit. On aurait donc
pu rapidement le présenter devant un tribunal, une
fois qu'il a été établi que cette arme n'avait pas
été utilisée dans des actions terroristes en France,
et le condamner éventuellement à deux ou trois mois
de prison pour détention illégale d'arme. Même si
de son point de vue il avait des motifs peut-être
acceptables, parce que les Kurdes se sentent en insécurité
dans ce pays. Il y a eu des gens qui ont été assassinés,
des militants kurdes qui ont été assassinés ici, en
Autriche, en Allemagne, et ces affaires n'ont jamais
été élucidées.
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Les Kurdes qui ne se sentent
pas en sécurité en France ont donc le sentiment de
ne pas être protégés par les autorités françaises
?
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En tous cas, la justice n'a pas élucidé
ces affaires. Donc il y a là manifestement un problème.
Normalement, la justice et la police ont les moyens
de tirer au clair ce genre de meurtres. Le dernier
en date était celui du représentant du PDK irakien
[Parti démocratique du Kurdistan, NDLR], en juillet
1996, il y a plus d'un an. Et l'enquête judiciaire
est au point mort. Du coup il y a des gens qui ne
se sentent pas en sécurité, qui prennent leurs propres
dispositions et qui possèdent des armes. Personnellement,
je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Cela
ne dissuade pas les tueurs. En tout cas si Ramazan
pouvait être poursuivi, cela ne pouvait être que pour
la détention illégale d'arme.
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Pensez-vous que la France
a pris position dans les affaires intérieures turques
: pour l'Etat turc et contre l'opposition, kurde notamment
?
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Je ne pense pas que ce soit aussi
tranché. De toute façon, tous les Etats doivent faire
respecter la loi sur leur territoire. En France, l'immense
majorité des Kurdes respecte la loi. Nous sommes tous
tenus de respecter la loi française. Les militants
kurdes ont bénéficié pendant très longtemps d'une
assez grande bienveillance de la part des autorités
françaises. Cela a été le cas jusqu'à 1993-94. A partir
de l'arrivée au ministère de l'Intérieur de M. Pasqua,
les choses ont commencé à prendre une autre tournure.
Il y a un certain nombre d'éléments qui font croire
qu'il y a une coopération policière et judiciaire
entre la Turquie et la France.
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Vous voulez dire que la police
française coopère avec la police turque pour écraser
les opposants au régime turc ?
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Oui. Au cour des deux-trois dernières
années, il y a eu un certain nombre d'éléments, d'indices
allant dans ce sens. Il y a manifestement un échange.
Il y a une coopération. Il semblerait qu'au niveau
judiciaire également. Je n'ai pas de preuves, mais
il y a des gens qui ont parlé d'une visite du juge
Ricard en Turquie. Dans les milieux de l'opposition
kurde, les gens sont convaincus de l'existence de
cette coopération.
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Y a-t-il beaucoup de Kurdes
qui sont emprisonnés comme l'a été Ramazan ?
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Je n'ai pas de statistiques précises.
Le Collectif des avocats a cité le chiffre de quatorze
personnes qui sont en détention provisoire, pour certaines
d'entre elles. depuis deux ans-deux ans et demi, et
qui n'ont pas encore été jugées. Ce sont des cas instruits
par la section antiterroriste. En dehors de cela,
il se peut qu'il y ait des Kurdes en prison pour des
délits de droit commun. Mais sur une communauté de
cent mille personnes, le chiffre n'est pas élevé,
au contraire.
Propos recueillis par
Raphaël Meyssan
fin 1997
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