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Photo
de Sophie Canillac
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Que
Johnny Halliday se tire des rails
pour tenir trois heures sur scène ne formalise
plus que les professionnels de l'indignation. Que Philippe
Léotard soit défoncé au point d'en
avoir perdu la voix, le souffle et la mémoire n'empêche
pas qu'il soit unanimement considéré comme
un des plus grands comédiens de sa génération.
Qu'un président de la République ne tienne
la durée de ses mandats que grâce à
de journalières injections est tellement admis
que si son médecin est inquiété,
c'est pour avoir rendu public cet élément
de la vie privée et non pour complicité
ou incitation à usage...
Par
contre, que des garçons parcourent quotidiennement
à bicyclette durant plusieurs semaines
près de deux cents kilomètres à des
moyennes frisant les cinquante kilomètres/heure en
ne se contentant pas d'un jus d'orange et de deux Aspro,
voilà qui fait – tout aussi unanimement scandale.
Qu'y a-t-il dans le sport, pour voir une telle mobilisation
vertueuse, qu'il n'y a pas ailleurs ?
Est-ce
l'exigence de l'idéale – mais néanmoins suspecte
– pureté d'un corps auquel le sportif
est réduit alors que le saltimbanque et le politicien
sont réunis dans la tolérance d'un "mens
sana in corpore insano" ? Est-ce la douteuse aspiration
au dépassement de soi qui réuni la nostalgie
des Hercule de péplum et l'attente du surhomme nietzschéen
? Ou l'opportune instrumentalisation médiatique –
et politique – qui veut faire du sportif l'édifiant
modèle d'une jeunesse, d'une morale, d'un drapeau
?
Voilà
qui fleure de toutes façons son Leni Riefensthal.
Jean-Victor
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