Mondialisation de la contestation

A l'occasion du sommet de Seattle, 1200 ONG issues de 87 pays ont publié une "déclaration des membres de la société civile internationale" visant à réformer l'OMC. Réagissant face à une certaine conception de la mondialisation, ce mouvement profite néanmoins du phénomène en unissant ses forces grâce à Internet

Photo d'Edouardo Inlan-Nunez
Photo d'Edouardo Inlan-Nunez

L'organisation mondiale du commerce (OMC) fut créée en 1995. Remplaçant le GATT (créé en 1947), elle était censée veiller sur le processus d'élimination des barrières douanières. Elle devait également s'assurer que les règles du commerce étaient respectées et chercher à renforcer l'ouverture des échanges au nom de la prospérité de la planète.

Une fosse abyssale sépare détracteurs et partisans de l'OMC. Ces derniers soulignent que ce système a permis aux échanges internationaux de progresser de 37 % depuis 1994 et a créé 1,5 millions d'emplois dans le monde. Ils espèrent que la réunion de Seattle lancera un nouveau cycle de négociations qui accroîtront de façon spectaculaire les pouvoirs de l'OMC dans des domaines tels que l'investissement, la politique de la concurrence et les marchés publics. En revanche, les opposants réclament une pause afin que l'on puisse entièrement changer les orientations de l'organisation. Ils l'accusent de privilégier les droits et les profits des entreprises aux dépens de l'environnement, de l'abolition du travail des enfants...

Pour Jerry Mander, membre de l'International Forum on Globalization, l'OMC constitue une nouvelle forme de "gouvernement mondial" qui usurpe le pouvoir des Etats dans certains domaines. Toutefois, l'organisation trouve ses limites dans son incapacité à répondre aux besoins des citoyens car elle obéit en premier lieu aux désirs des entreprises. En effet, les syndicats, les groupes de protection de l'environnement et autres ONG ont été exclus du processus de prise de décision, alors que les lobbys des entreprises y ont été inclus dès le départ. Dès lors, le problème qui se pose est évident : les décisions prises par l'organisation ont des répercussions très importantes dans notre vie quotidienne mais elles sont parfois en inadéquation avec les véritables besoins des individus qu'elles touchent. Par conséquent, dès le départ, l'OMC courrait le risque de provoquer une certaine incompréhension, un sentiment de révolte chez les citoyens du monde et le mouvement auquel on assiste aujourd'hui semble en être la traduction.

Pour une mondialisation plus humaine

Photo d'Edouardo Inlan-Nunez
Photo d'Edouardo Inlan-Nunez

"L'internationalisation du capital triomphe, celle des êtres humains aspire à naître". Ainsi commence le texte rédigé par les opposants français. Le message est clair, l'homme doit revenir au centre de la mondialisation. La même expression revient régulièrement dans la bouche des contestataires : "Le monde n'est pas une marchandise".

"L'internationale civile" veut une mondialisation humaine en opposition à la mondialisation libérale et marchande de l'OMC. L'organisation ramène, en effet, tout à la notion de marchandise. Or, la santé, l'éducation, la culture doivent-elles être traitées comme des produits ? Si l'on ne préserve pas certains domaines, les citoyens du monde partageront tous le même mode de vie ; le droit à la différence ne serait plus qu'une utopie alors qu'il est la principale richesse de l'humanité.

Par conséquent, les contestataires veulent que l'on considère l'être humain avant le consommateur. Yves Cochet, porte parole des verts, résume la principale revendication du mouvement : "le commerce ne doit pas tout régir". Jacques Attali souligne que l'on assiste à "une lutte du marché contre la démocratie" et Chrisophe Aguitton, militant d'Agir contre le chômage, de compléter en affirmant que si l'OMC ne change pas, "il ne restera plus rien de ce qui a été obtenu par des siècles de combats politiques et sociaux". En effet, la croissance des échanges va de pair avec une montée des inégalités sociales. Le mouvement, né de l'inquiétude de vivre sous la dictature d'une poignée de firmes multinationales, voudrait que l'on change la manière de concevoir la mondialisation.

Internet au service de "l'internationale civile"

En utilisant intensément Internet, "l'internationale civile" donne l'image d'une mondialisation qui unit avant tout les hommes. En effet, tous ces groupes font valoir leurs positions depuis des années, mais, aujourd'hui, Internet leur donne les moyens de s'organiser et de diffuser leurs idées auprès d'un plus large public. Ainsi, le mouvement prend une forme et une ampleur sans précédent. Il regroupe des associations de la terre entière et de tous bords (syndicalistes, écologistes...). Certaines ONG centralisent le mouvement comme l'Internationale Forum on globalization , Friends of the Earth au Royaume-Uni ou Public citizen aux Etats-Unis.

Photo d'Edouardo Inlan-Nunez
Photo d'Edouardo Inlan-Nunez

Le 30 novembre lorsque l'organisation entamait sa conférence, elle fut accueilli par des milliers de protestataires du monde entier. "Ce sera un carnaval contre le capitalisme" avait prédit Kevin Danaher de Global Exchange, ce sera "le Woodstock de la mondialisation". L'ampleur des manifestations qui se sont déroulées lors de l'ouverture du sommet lui ont données raison. Les milliers de manifestants ont contraint les organisateurs à annuler la cérémonie d'ouverture car nombre de délégués n'ont pu atteindre la salle de conférence. Par ailleurs, un couvre-feu a été décrété sur la ville. On peut espérer que les membres de "L'international civile" se feront réellement entendre car par leur manière d'agir, il démontre les bienfaits de la mondialisation qui doit avant tout permettre aux hommes de communiquer, d'être plus solidaire pour que les conditions de vie passent avant les intérêt des entreprises.

Thomas Carre-Pierrat

 
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