Colombie : la guerre oubliée


Depuis 15 ans, une terrible guérilla déchire le pays. En Europe, nous ne mesurons pas l'extrême climat de violence dans lequel vivent les colombiens. Pourtant, au rythme d'un mort toutes les quinze minutes, ce conflit ne devrait pas laisser la communauté internationale aussi indifférente

Photocopie de Céline Farez
Photocopie de Céline Farez

Avec près de 30 000 hommes armés, 35 000 victimes des combats et de la violence politique chaque année, plus d'un million de personnes déplacées en dix ans, la Colombie s'enfonce dans un conflit qui glisse dangereusement vers la guerre civile. Sur fond de crise économique, les guérillas d'extrême gauche affrontent les paramilitaires d'extrême droite.

Les deux principaux groupes guérilleros, les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) et l'armée de libération nationale (ELN) fondent leur action sur la protection des pauvres face au gouvernement et aux patrons. Cependant, bien peu de colombiens se laissent berner par ces motivations de façade. La guérilla tire l'essentiel de ses ressources des taxes prélevées sur le trafic de drogue et des rançons obtenues des enlèvements de civils. Par ailleurs, ces groupes sont passés du statut de milice d'autodéfense à celui de forces armées, dont le but demeure la conquête de territoires de plus en plus immenses.

De leur côté, les paramilitaires, milices antiguérilla, ne semblent pas plus enclins à jouer franc jeu. Ils seraient en partie financés par les narcotrafiquants devenus propriétaires terriens et joueraient de la protection de certains secteurs de l'armée.
" Dans cette guerre qui ne dit pas son nom, personne ne sait avec certitude quels sont les intérêts et les camps en présence. Bien peu de colombiens se sentent représentés par l'un ou l'autre des acteurs armés du conflit " analyse le sociologue Fernando Cubides. La population n'est pas solidaire de l'action des divers groupes armés, mais de plus en plus victime de leurs agissements. Le sentiment qui prédomine désormais chez les colombiens est la peur qui, ajoutée aux problèmes économiques, pousse certains d'entre eux à l'exil.

Vers un processus de paix

Photocopie de Céline Farez
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Andres Pastrana, élu à la présidence colombienne en 1998, tente de mener le pays vers un processus de paix, principal thème de sa campagne électorale. Dès son élection, il a ouvert des discussions avec les groupes armés. Toutefois, en raison du manque de diplomatie de l'équipe en charge des négociations, les pourparlers semblent bloqués et le gouvernement n'a pas cessé de céder sans obtenir la moindre contrepartie.

Beaucoup reprochent au présidant d'avoir accordé un territoire (42 000 km2, dans le sud-ouest du pays) aux FARC sans aucune garantie. Les 200 000 habitants de la région se sentent complètement abandonnés par l'Etat. Ils y vivent sous le contrôle absolu des FARC, qui rendent la justice, perçoivent les impôts, organisent les activités culturelles, le travail obligatoire et la participation aux activités publiques dont ils décident du bien-fondé.

Cet événement illustre l'enjeu des négociations pour les guérilleros et les paramilitaires : transformer leur puissance militaire en reconnaissance politique afin de jouer un rôle dans l'exercice du pouvoir. Les discussions s'engouffrent dans une impasse qui ressemble à un véritable coupe-gorge.

Pour s'en sortir, Andres Pastrana en appelle à l'aide étrangère, poussé par 60% de colombiens se disant " favorables à la présence de troupes étrangères pour lutter contre la guérilla. " Ainsi, le 21 septembre, le président colombien a présenté à Washington son " Plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l'Etat. " Le processus de paix avec la guérilla et la lutte contre le narcotrafic constituent les principaux axes de la stratégie du gouvernement colombien qui attend l'appui financier de la communauté internationale et en particulier des Etats-Unis.

Photocopie de Céline Farez
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"Nous sommes convaincus que si nos problèmes et nos stratégies sont mieux connus à l'étranger, nous obtiendrons la coopération des nations amies" déclarait Andres Pastrana peu avant la réunion. Or, en France, on ne peut pas dire que les médias remplissent véritablement leur mission d'information dans cette affaire.

Quoiqu'il en soit, la trêve décrétée par les FARC pendant la période des fêtes de fin d'année, la première depuis 15 ans, est de bon augure si le gouvernement saisit cette opportunité pour engager un nouveau dialogue sur des bases plus saines.

Thomas Carre-Pierrat

 
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