Brésil : les indiens restent "mineurs"

Les manifestation des indiens et des sans terre à l'occasion du cinqcentième anniversaire de la "découverte" du Brésil ont été très violemment réprimées par la police


Peinture d'Anne-Laure
Peinture d'Anne-Laure

Les célébrations du cinqcentième anniversaire de la "découverte" du Brésil ont été "un désastre" à cause de la répression par la police des manifestations indigènes, a déclaré dimanche le président de l'organisme officiel en charge des Affaires indiennes, Carlos Federico Marés. M. Mares avait annoncé samedi sa démission de la présidence de la Fondation nationale de l'Indien (Funai) pour protester contre les violences policières lors d'une manifestation de 10.000 indiens pour la reconnaissance de leurs droits. "Ces commémorations ont commencé avec la destruction d'un monument en signe de protestation construit par les indigènes et se sont achevées par la répression par la police d'une marche pacifique", a-t-il dit. "Ce qui s'est passé en une semaine ressemble à ce qui s'est passé dans ces cinq cents ans. Ca a été un désastre".

La marche pacifique contre les célébrations officielles, partie du village de Coroa Vermelha en direction de Porto Seguro (à 15 km), haut lieu des festivités dans l'Etat de Bahia, a été interrompue par des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc tirées par les policiers. Huit chefs indiens ont été blessés et évacués en ambulance vers l'hôpital le plus proche. Les 25 Indiens Xavante venus du Mato Grosso, au centre-ouest du Brésil, ouvraient la marche, peints en rouge et noirs comme chaque fois qu'ils quittent leur village. Venaient derrière les Pataxo, Macuxi, Yanomami, Terena et les représentants de 140 autres tribus. Les imposants guerriers Xavante ont été les derniers à rebrousser chemin, tête basse et en pleurant, après que la police anti-émeutes eût interrompu brutalement leur marche avec des tirs de bombes lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Face aux armes des blancs, une fois de plus, les flèches que certains essayaient de lancer n'ont rien pu faire, pas plus que les chants entonnés ou les supplications d'un Indien Terena qui s'avançait à genoux vers le bataillon de policiers qui l'a piétiné sans ménagements.

"Nous n'avions pas les moyens de poursuivre notre manifestation", ont reconnu les chefs Indiens. La terre a été la principale revendication, "pour les prochains 500 ans", des Indiens dans la Charte de la Conférence Indigène. Après les incidents, ils ont décidé de ne pas la remettre au président Cardoso. Le document inédit demande que l'on respecte la Constitution de 1988, qui comprenait la délimitation de plus de 700 réserves indiennes jusqu'en 1993. La moitié seulement ont été enregistrées officiellement à ce jour. Les Indigènes revendiquent aussi le remplacement du statut obsolète de l'Indien qui les considère encore comme "mineurs" et les place sous la tutelle de l'Etat, sans le droit de vote ou celui d'avoir un passeport. Le document réclame aussi que le Brésil ratifie la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), qui reconnaît le droit de propriété aux peuples indigènes.

Peinture d'Anne-Laure
Peinture d'Anne-Laure

La police a arrêté 20 Indiens et 30 missionnaires selon les mouvements de défense des indigènes. Les forces de l'ordre ont également empêché un rassemblement dans la réserve des pataxos, tribu qui assista à l'arrivée des premiers colons portugais le 22 avril 1500. Estimés à six millions avant l'arrivée des Portugais, les Indiens sont aujourd'hui 350.000 tout au plus. "C'est un pays où on tue encore des indigènes, où il n'y a pas de justice. Je ne vois pas ce qu'on célèbre", a déclaré Marilene Jesus Dos Santos, une représentante de la tribu pataxo. Son frère, Galdino, a été assassiné il y a trois ans par des adolescents blancs, qui l'avaient arrosé d'alcool puis brûlé vif alors qu'il dormait à un arrêt de bus à Brasilia. Auparavant, 500 étudiants avaient été arrêtés et conduits au poste. Ils protestaient contre les barrages de police et de soldats, de plus de 6.000 hommes, qui bloquaient depuis l'aube toutes les routes d'accès à Porto Seguro, devenue capitale du Brésil pour 24 heures et où étaient attendus les présidents brésilien et portugais. Quelque 40.000 personnes, dont les paysans sans-terre réclamant une réforme agraire, les Indiens protestant contre "500 ans de génocide", les Noirs contre leur exclusion, soutenus par des syndicalistes qui avaient prévu de manifester à Porto Seguro, sont restés bloquées sur les routes.

"Porto Seguro a vécu samedi un véritable état de siège, sans précédent même sous le régime militaire (1964-85)", a déclaré à l'AFP le président du Parti des Travailleurs (PT, gauche), José Dirceu. "Voilà la démocratie du président Fernando Henrique Cardoso. Mais tout le monde va voir ces images de la police attaquant les Indiens", a affirmé quant à lui le chef de la tribu indienne des Pataxos, Nailton Pataxo.

Luttes étudiantes

 
La "Une"       Ecrivez - vivez !

 


REVE LATINO- AMERICAIN

Colombie
La guerre oubliée

Art mexicain
Construction et déconstruction de l'identité nationale

Chili
La révolte des Mapuches

Tijuana
Poste- frontière

Brésil
Les indiens restent "mineurs"

 

L'Asile utopique
Présentation
Archives



désabonnement