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Photo
de Sophie Canillac
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Il
n'est pas question d'extrapoler et de délirer
: la prison parce qu'elle est un système d'enfermement
induit des comportements, mais ne voyons pas dans chaque
détenu un ou une homosexuel(le). D'ailleurs les campagnes
de sensibilisation au SIDA et maladies sexuellement transmissibles
sont la plupart du temps vécues comme une information
pour l'après détention. Les préservatifs
ont pour bon nombre de détenus cette fonction, cette
représentation.
Néanmoins,
la prison peut également être un lieu de violence
et de violences sexuelles. De nombreux
sociologues dont Daniel Welzer-Lang, Lilian Mathieu et Michaël
Faure
ont décrypté ce phénomène. Pour
eux, la sexualité en prison n'est pas nécessairement
une sexualité palliative due à l'absence du
partenaire de sexe opposé. Elle trouve toute sa place
dans une mécanique de pouvoir qui s'installe dans
un mode coercitif.
Une
organisation sociale hiérarchisée existe en
prison et les caïds établissent
leur pouvoir en se faisant respecter par les hommes faibles,
dans lesquels sont classés les homosexuels ou ceux
qui sont perçus comme tels. En échange d'une
protection physique et d'avantages, les hommes dits faibles
servent d'objet sexuel pour leur caïd. Les témoignages
montrent qu'il s'agit rarement d'un rapport motivé
par la recherche du plaisir tant pour le caïd que pour
son partenaire. Pour ce dernier, ce rapport est vécu
comme une forme particulière d'abus sexuel, zone
frontière entre le viol et la prostitution. Pour
le caïd, il s'agit d'affirmer sa puissance. Il est
révélateur de constater que le plaisir sexuel
disparaît de la prison : perte du désir et
perte du plaisir confirment que la sexualité n'est
qu'un outil. Les "pointeurs" (ceux qui sont condamnés
pour viol), qui se trouvent au bas de l'échelle sociale
des prisonniers, sont soumis à la plus grande violence
dans les prisons.
Notons
que la présence de caïds et l'autorité
sur ces caïds vaut par délégation autorité
sur l'ensemble de la prison pour les gardiens.
Ce lien entre matons et caïds fonctionne et repose
sur l'homophobie : les gardiens gratifient les hommes forts
pour le respect des règles de paix sociale dans la
prison, les hommes forts gratifient les hommes faibles sous
leur contrôle; et les éléments perturbateurs
sont désignés comme homosexuels. Cette autorité
peut être un enjeu de pouvoir du gardien sur le caïd
: de part son statut, il pourra obtenir un accès
plus fréquent aux douches, aura plus régulièrement
des droits de visite au parloir. Il pourra même bénéficier
d'une relative tranquillité de la part du gardien
: ce qui permet d'établir des relations rapprochées
ou des relations sexuelles avec sa compagne lors d'un parloir.
Il s'agit bien du pouvoir : un individu détient ce
pouvoir et peut l'exercer ou non. Quand il s'exerce : il
n'est pas gratuit ou philanthropique !
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Photo
de Sophie Canillac
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Dans
ce contexte, la dénonciation des abus sexuels est
surréaliste. Selon plusieurs études
menées en France entre 1988 et 1989, plus du quart
des détenus reconnaissaient des rapports homosexuels
durant leur détention. La honte et la volonté
d'oublier rendent les témoignages difficiles. Ce
chiffre souligne le péril social, affectif qu'engendre
notre système carcéral. Il n'est pas exagéré
de parler de péril affectif ou social en prison.
La
prison n'est pas un monde à part
: c'est une société qui reproduit les structures
générales liant pouvoir et sexe. On y retrouve
un prolongement de l'ordre socio-économique établi
: les détenus issus de statut social élevé,
tels les politiques, les personnalités médiatiques
ou grands industriels ne sont pas soumis à la loi
du caïdat. Les personnes riches en prison évitent
de "cantiner" et le travail sous-payé. La prison
apparaît comme un prisme révélant les
différences sociales, qui épargne relativement
les plus aisés, mais accroît les difficultés
des autres.
"Nul
ne peut être soumis à la torture
ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants" ,
pourtant…
Tony Ben Lahoucine
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