Montage
: Sophie Canillac
Vous
aussi, sortez Chevènement ! |
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Jean-Pierre
Chevènement est depuis toujours un compagnon de route
du Parti socialiste qu'il a contribué
à créer en soutenant François Mitterrand.
Depuis les années 1970, il appelle à dépasser
le clivage droite- gauche et entretient des relations à
droite. En 1976, il écrit dans la revue gaulliste
L'Appel : "je pense que si De Gaulle vivait, il
ne verrait aucun inconvénient à adopter l'essentiel
des dispositions économiques et sociales du programme
commun." Lorsque François Mitterrand arrive au
pouvoir en 1981, Chevènement souhaite que l'union
"devienne une réalité qui déborde
la gauche, qui aille bien au delà des frontières
de la gauche" et affirme que "le clivage droite-gauche
est dépassé". Dans un numéro de
L'Appel consacré aux convergences entre gaullisme
et socialisme, il met en avant le "cadre naturel" qu'offre
la nation.
Au
départ, Chevènement n'apparaît pas comme
un homme de droite, mais est considéré comme
un gauchiste. En 1983, les communistes dénoncent
la nouvelle politique d'austérité. S'associant
à leurs critiques, Chevènement démissionne
et tente de rapprocher le PCF du PS en valorisant la nation.
Soulignant les difficultés auxquelles le gouvernement
doit faire face, il appelle à "la constitution
d'un gouvernement de salut public" tout en rendant hommage
au "président de la République [qui] est
très bon dans les épreuves".
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En
1984, ministre de l'éducation nationale, il ne cesse
d'entretenir ses relations à droite. Pour
désamorcer la crise scolaire, il est discrètement
aidé par le rédacteur de la Ve République.
"Les conseils très fins de Michel Debré
m'ont évité de tâtonner", confiera-t-il
plus tard. Il participe avec Marie-France Garaud
à un colloque sur "l'identité allemande"
à Berlin. Au colloque sur "l'identité
française" organisé en 1985 par le Club
de l'Horloge son
nom ne cesse d'être évoqué et cité.
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En
campagne pour les élections de 1986 et 1988, il demande
à la gauche de ne pas "s'alarmer parce
que des gens qui votaient à droite pourraient la
rejoindre." Dans son livre L'Ardeur nouvelle,
Charles Pasqua fait un procès en règle du
socialisme, mais décerne un "bon point" à
M. Chevènement. Après la défaite des
élections législatives, celui-ci revient à
la charge et explique que "le paysage politique a changé,
l'union de la gauche est derrière nous". Il faut
admettre "toutes les recompositions possibles", précise
celui qui sera bientôt ministre de la défense.
| En
1996, Jean-Pierre Chevènement lance un appel
"pour que la France ne se suicide pas par dénatalité"
aux côtés de Christine Boutin et de Philippe
de Villiers |
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François
Mitterrand l'emporte en 1988. Lors de la guerre
du Golfe et du traité de Maastricht, M. Chevènement
se joint aux critiques de Philippe Séguin et de Charles
Pasqua. Pendant les débats à l'Assemblée
nationale sur le traité de Maastricht, il soutient
M. Séguin. A cette époque, le Front national
développe une rhétorique nationaliste. Chevènement
se dit favorable aux quotas d'étrangers proposés
par M. Pasqua. Observant que le PS est incapable d'"offrir
une perspective à l'électorat populaire"
qui le perçoit comme "un parti de l'establishment",
il annonce son intention de créer un "organisation
nouvelle" et rend hommage à M. Séguin,
"gaulliste authentique", qui décline l'invitation.
Chevènement fonde finalement son propre parti, le
Mouvement des citoyens (MDC). Mais il n'est, en définitive,
pas candidat à la présidence de la République
et soutient Lionel Jospin, déboussolant quelque peu
ses propres militants très critiques vis-à-vis
du PS.
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En
1996, Jean-Pierre Chevènement lance un appel "pour
que la France ne se suicide pas par dénatalité"
aux côtés de Christine Boutin et
de Philippe de Villiers. Il publie un article
dans la revue Population et avenir dirigée
par Philippe Rossillon, qu'il a fréquenté
dans sa jeunesse au mouvement "Patrie et Progrès"
dont sont issus la plupart de ses camarades du CERES. M.
Rossillon travailla aussi avec Jacques Foccart, le dirigeant
du SAC qu'anima
aussi Charles Pasqua.
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En
mars 1997, lors d'un colloque qu'il organise au Sénat,
M. Pasqua appelle à débattre de la République
en "dépassant les antagonismes habituels",
mais Jean-Pierre Chevènement, qui soutient totalement
la "gauche plurielle", s'exclame : "Le front républicain
? Cela n'a pas de sens. C'est le sauve-qui-peut". En
novembre 1998, M. Pasqua est invité par les parlementaires
du MDC à s'exprimer sur le traité d'Amsterdam.
Il lance des appels répétés à
M. Chevènement pour la constitution d'une liste commune
aux élections européennes. L'ancien ministre
de l'intérieur rend un hommage appuyé à
son successeur : "S'il ne se décide pas [à
présenter une liste], j'essaierai de le suppléer,
vu qu'après tout, il ne me remplace pas si mal là
où il est". Mais Jean-Pierre Chevènement
respecte la discipline de la "gauche plurielle" et va même
jusqu'à faire liste commune avec le parti socialiste
pour les européennes.
Raphaël Meyssan
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