L’arme des lâches


Photo de Raphaël Meyssan
Photo de Raphaël Meyssan

“Une fois posée, une mine ne fait pas la diffèrence entre un enfant et militaire”. La phrase est de Philippe Chabal, co-directeur de Handicap International, et elle illustre parfaitement l’aspect pervers de cette arme utilisée dans nombre de conflits. Des forces miltaires ou rebelles posent des mines antipersonnel (MAP) afin d’empêcher l’ennemi d’évoluer. Cette arme sournoise tue pendant les conflits mais une fois les armes déposées, les mines, elles, sont toujours là. Elles rappellent l’atrocité du passé et sèment la peur au quotidien. Dans certaines régions du monde, on ne peut plus se déplacer en sécurité car sur son chemin l’hypothèse de tomber sur une mine est toujours importante.

Lorsque une mine saute, c’est plusieurs vies qui s’en trouvent brisées. Quand un membre d’une famillle est touché, il ne peut plus accomplir le travail qu’il effectuait auparavant pour aider sa famille à manger, à survivre. On vaque à ses occupations quotidienne et, pour un pas mal placé, la vie prend une autre tournure. Comme cette thaïlandaise qui a été blessée par une mine en coupant des bambous. Après son amputation, son mari a demandé le divorce. Elle s’en est sorti d’autres et lutte désormais activement contre ces engins de malheurs. La persévérance et le courage de certaines victimes sont incroyables. L’histoire de ce jeune angolais qui fut blessé aux deux mains il y a quelques années. Aujourd’hui, il est sélectionné dans les compétitions inter-africaines de natation. Le témoignage de la photographe Susan Meiselas illustre parfaitement l’abnégation des victimes: “Ces gens rencontrent tous les jours ce à quoi nous ne seront jamais confronté: la perte de la vue, d’un bras, des deux jambes, jour après jour, chez eux au travail et dans leurs loisirs. L’histoire passe, eux ils vieillissent. Après plus d’une dizaine d’année sur la guerre en Amérique centrale, j’y suis retournée et témoigne à nouveau de la remarquable résistance, de la détermination et de la fierté dont ces nicaraguayens handicapés font preuve, tout en se reconstruisant de nouvelles vies.” Dans diverses régions du monde, la terre cache encore près de 70 millions de mines, qui sont autant de victimes potentielles et de vies pouvant être brisés.

Thomas Carre-Pierrat

 
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