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Depuis
sa mise en ligne, Jeboycottedanone fait l'objet de violentes
pressions de la part de Danone. Dès le
11 avril, un constat d'huissier est réalisé.
Le 13 avril, Danone assigne en justice pour contrefaçon
de sa marque le propriétaire du nom de domaine "jeboycottedanone.com",
Olivier Malnuit, ainsi que les deux intermédiaires
techniques qui ont fournit ce nom : les sociétés
ELB multimédia et 7 Ways. Par contre, Danone ne poursuit
pas le Réseau Voltaire qui est l'éditeur du
site et donc le responsable légal de son contenu.
Premier
procès en référé : contre le
propriétaire du nom de domaine "jeboycottedanone.com"
La
date du procès est fixée au 30 mai. Aussi,
quelques jours plus tard, Danone porte l'affaire devant
le juge des référés dont la fonction
est de prendre une décision en "extrême
urgence", dans l'attente du procès
qui analysera l'affaire sur le fond. Le 20 avril, le juge
des référés entend les différentes
parties dans son bureau. Maître Emmanuel Pierrat,
l'avocat choisi par Olivier Malnuit expliquait quelques
jours plus tôt sa stratégie au magazine Transfert
: "Je n'espère pas prouver juridiquement
qu'il n'y a pas eu contrefaçon : cela supposerait
de renverser 150 ans de jurisprudence
Par contre,
on peut obtenir un jugement qui ressemble à une félicitation
pour Olivier Malnuit. Par exemple, une condamnation au franc
symbolique". Et l'avocat d'enfoncer le clou :
"Dans le pur droit, Olivier Malnuit est condamnable"
[lire son interview dans Transfert]
| "Dans le pur
droit, Olivier Malnuit est condamnable"
Maître Emmanuel Pierrat, son avocat |
Le
juge rend sa décision deux jours plus tard : Olivier
Malnuit n'a pas le droit d'utiliser le logo, mais seulement
la marque verbale Danone dans le nom de domaine.
Etrangement, le seul point sur lequel Maître Pierrat
a gagné devient inutile. En effet, les deux sociétés
gestionnaires du nom de domaine décident illégalement
d'en bloquer l'accès. Ont-elle subies des pressions
de la part du groupe Danone ? Les dirigeants de la société
précisent à Libération : "Nous
n'avons pas subi de pression. Mais on a des gros clients,
on ne peut pas se permettre de se les mettre à dos"
[Libération
du 24 avril 2001]. Olivier Malnuit, toujours propriétaire
du nom de domaine et autorisé par le tribunal à
l'utiliser, a la possibilité de porter plainte pour
rupture abusive du contrat. Il ne le fait pas.
Menaces
et plainte pénale
Immédiatement,
le Réseau Voltaire qui avait été tenu
à l'écart de cet affrontement judiciaire
autant par Danone que par Maître Pierrat [lire "La
stratégie de Maître Pierrat"], met
en fonction le nom de domaine "jeboycottedanone.net"
qui pointe toujours vers le même site, qu'il publie
depuis le début. Le groupe Danone fait réaliser
un troisième constat d'huissier et assigne le Réseau
Voltaire, propriétaire du nom de domaine et éditeur
du site, en justice pour le 30 mai. Danone assigne également
Valentin Lacambre, d'une part en qualité de gérant
de la société Gandi (fournisseur du nouveau
nom de domaine) et d'autre part en son nom propre.
Avant
de les traîner en justice, Danone tente d'abord la
stratégie de la pression. Le 24 avril,
Luc Delaby, directeur du service juridique de la multinationale,
téléphone à Valentin Lacambre, à
son domicile personnel, et le menace de représailles
judiciaires. "En substance, explique Valentin
Lacambre, il m'a demandé de trouver une solution
pour faire cesser le nom de domaine, ou bien il nous attaquerait."
M. Delaby lui envoie un email dans l'après-midi,
dans lequel il s'explique : "Je suis désolé
de votre attitude au téléphone. Mon propos
était de vous prévenir du lancement imminent
de l'assignation et de vous demander de faire spontanément
ce que j'allais demander au Tribunal (sous réserve
qu'il en décide ainsi) de vous obliger à faire."
Et le gérant de Gandi de s'exclamer : "Par
des pressions sur des intermédiaires techniques,
on cherche à obtenir une justice privée".
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Par
ailleurs - et sans aucun lien avec Danone, comme nous l'a
affirmé l'avocat de cette société -
vers trois heures du matin, le site fait l'objet d'une attaque
informatique. Saturé de requêtes, la base de
données sur laquelle il fonctionne flanche et le
met hors service pendant deux jours. Les animateurs du site
affirment avoir identifié les auteurs de cet acte
: il s'agirait d'une société d'intelligence
économique qui se targue d'avoir eu parmi ses clients
une filiale de Danone. "Cette société
est politiquement liée à une personnalité
qui organisa jadis des milices patronales dans l'industrie
métallurgique de l'automobile", explique
Thierry Meyssan, le président du Réseau Voltaire.
Aussi,
le 26 avril, le Réseau Voltaire et Valentin Lacambre
déposent plainte contre X avec constitution de partie
civile pour "entrave à la liberté
d'expression, à la liberté du travail, menaces
et chantage". L'affaire, jusqu'ici cantonnée
au strict droit des marques et au tribunal civil, glisse
vers le pénal. Le dépôt de la plainte
est annoncé lors d'une conférence de presse
à l'Assemblé nationale. Les Verts, le Parti
radial de gauche (PRG), la Ligue communiste révolutionnaire
(LCR), l'Association pour la taxation des transactions financières
pour l'aide au citoyen (ATTAC) et des journalistes de L'Humanité
annoncent à la presse qu'ils se portent aussi parties
civiles. "Nous ne pouvons pas rester inertes face
à de telles attaques", déclare le
candidat à la présidentielle Noël Mamère.
Le lendemain, L'Humanité fait savoir que le Parti
communiste (PCF) se joint aux parties civiles.
Etrangement,
Olivier Malnuit refuse de s'associer à cette plainte.
Son avocat, Me Pierrat explique son analyse juridique de
cette dernière : "Je pense qu´elle
ne sera pas instruite. C´est comme si quelqu´un
clamait avoir été violé par le Pape..."
[Transfert]
Deuxième
procès en référé : contre le
propriétaire du nom de domaine "jeboycottedanone.net"
et contre l'éditeur du site internet
| La présence
du logo Danone sur le site "n'est en aucun cas
indispensable à la satisfaction de ses objectifs",
elle "excède donc les besoins de la liberté
d'expression" Jean-Jacques Gomez, vice- président
du Tribunal de grande instance de Paris |
Danone
assigne en référé le Réseau
Voltaire, Gandi et Valentin Lacambre. Mais lors
du procès, l'avocat de la société annonce
qu'il se désiste à l'encontre de Gandi et
de Valentin Lacambre. Les avocats de ces derniers affirment
leur refus de ce désistement et plaident l'assignation
abusive. Ils demandent notamment la publication de l'ordonnance
sur le site Internet du Groupe Danone.
Le
juge des référés, Jean-Jacques Gomez,
n'accorde aucun dommages et intérêt à
Gandi et Valentin Lacambre et se contente de
leur faire rembourser les frais d'avocats. Il autorise l'usage
de la marque verbale Danone dans le nom de domaine, mais
il interdit l'usage du logo, sans prendre en considération
qu'il s'agit d'un pastiche. Dans les motifs de sa décision,
qu'il ne rend publics que plusieurs jours plus tard, il
explique que l'usage "responsable" de la
liberté d'expression exige de "ne mettre
en uvre que les moyens strictement nécessaires
à la satisfaction des buts légitimes poursuivis".
Affirmant que la présence du logo Danone sur le site
"n'est en aucun cas indispensable à la satisfaction
de ses objectifs", il considère donc qu'elle
"excède donc les besoins de la liberté
d'expression". En clair : les animateurs du site
pouvant ne pas utiliser le logo pour parler de Danone, il
leur est tout bonnement interdit d'en faire usage. Le juge
considère étrangement qu'il est donc possible
de suspendre une liberté fondamentale, la liberté
d'expression, dans des cas qui ne sont nullement définis
par la loi.
Contraint
de payer mille francs par jour s'il ne se plie pas à
la décision du juge, le Réseau Voltaire décide
de fermer le site. Il explique sur la page d'accueil
qu'il a décidé "de ne pas se plier
aux exigences de la censure, mais d'interrompre un site
qui ne peut plus être qu'un simulacre de démocratie."
Le
procès sur le fond
Le
30 mai a lieu le procès sur le fond, qui rassemble
les deux affaires : le ".com" et le ".net".
L'avocat de Danone, Michel-Paul Escande, a retiré
ses plaintes contre les prestataires techniques du nom de
domaine (7Ways, ELB Multimédia et Gandi). L'avocat
d'Olivier Malnuit, Emmanuel Pierrat, et l'avocate du Réseau
Voltaire, Brigitte Kadri, s'opposent à la barre et
défendent des points de vus très différents.
Me
Pierrat commence par une attaque contre la position de sa
consur : "Je pourrais faire une plaidoirie
qui plairait à certaines personnes, qui porterait
sur la liberté d'expression",
commence-t-il, avant d'annoncer qu'il se battra uniquement
sur le droit d'information face au droit des marques. Il
tente de faire croire au tribunal que son client et le Réseau
Voltaire avaient deux sites totalement distincts et explique
aux juges qu'Olivier Malnuit a fermé son site au
moment de la première décision de justice,
tandis que le Réseau Voltaire en lançait un
nouveau. "Jeboycottedanone.net, explique l'avocat
dans les conclusions qu'il rende au tribunal, reprenait
le contenu du site fondé par l'association Boycott
!".
Cette
affirmation est assez étrange puisqu'il n'y a eu
qu'un seul site, édité par le Réseau
Voltaire, et accessible par plusieurs noms de domaine.
Les noms de domaines en ".com" et ".net"
se contentaient de renvoyer tous les deux vers l'adresse
reseauvoltaire.com/jbd. [lire les explications techniques
dans l'article "Site internet et
noms de domaines"]
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Autre
affirmation étrange de la part de Me Pierrat : son
client ne porterait aucune responsabilité quand à
la copie du site, publiée plus sur le site du Mouvement
des citoyens (MDC) de Jean-Pierre Chevènement
(mouvement-des-
citoyens.net/JBD)et aussi accessible par le nom de domaine
"ouijeboycottedanone.com".
On peut pourtant lire sur ce site un article de son client
expliquant : "j'ai accepté que cette tribune
d'expression libre soit hébergée sur le serveur
du Mouvement des citoyens. Je salue au passage le courage
de Génération République et Jean-Pierre
Chevènement qui ont souhaité, au nom de la
liberté d'expression, héberger un site dont
les pages posent visiblement un problème à
Danone."
De
son côté, Me Kadri pour le Réseau Voltaire
refuse de se cantonner à admettre une simple "tolérance"
face au droit des marques. Elle affirme que la
liberté d'expression, principe constitutionnel, ne
peut admettre de restriction qui ne soit prévue par
la loi, comme cela est précisé à la
fois dans le préambule de la Constitution de la Vème
République et dans la Convention européenne
de sauvegarde des Droits de l'homme et des Libertés
fondamentales. "La liberté d'expression ne
connaît de limitation qu'expressément prévus
par la loi et pour des cas graves qui touchent notamment
à la sécurité des Etats, explique
l'avocate du Réseau Voltaire. Le droit des marques
ne peut pas être supérieur à une liberté
fondamentale."
D'un
côté, donc, Me Pierrat demande au juge de reconnaître
une exception de pastiche dans le droit des marques.
De l'autre, Me Kadri explique que le droit des marques ne
saurait être considéré comme une exception
à la liberté d'expression.
Raphaël Meyssan
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