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de Patrick Imbert
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Me
Pierrat s'est-il battu pour pouvoir utiliser le nom de domaine
Jeboycottedanone.com ?
Dans sa plainte contre Olivier Malnuit, la
société Danone demande qu'il lui soit interdit
de faire usage du nom de domaine (reprenant la "marque
verbale" Danone) et du logo (reprenant la "marque
semi-figurative" Danone). Le juge des référés
interdit l'usage du logo et autorise celui du nom de domaine.
Mais sans même attendre le jugement, la société
gestionnaire de ce nom de domaine, 7Ways, coupe l'accès
au site.
Le jugement autorisant son client à
utiliser l'adresse Jeboycottedanone.com, Me Pierrat peut
exiger son rétablissement, et à défaut
de réponse positive, porter plainte pour rupture
abusive de contrat. Cela n'est pas le cas. Lorsque le Réseau
Voltaire et Valentin Lacambre annoncent leur intention de
porter plainte pour "entrave à la liberté
d'expression", Me Pierrat refuse de se joindre
à eux et déclare à la presse qu'il
trouve la plainte absurde : "Je pense qu´elle
ne sera pas instruite. C´est comme si quelqu´un
clamait avoir été violé par le Pape..."
[Transfert]
Le 31 mai, nous demandons à Olivier
Malnuit pourquoi il n'a pas exigé le rétablissement
du nom de domaine, désactivé illégalement
il y a plus d'un mois. Il nous répond qu'il ne sait
pas, que c'est une question "juridique"
à laquelle il ne sait pas répondre et nous
renvoie vers son avocat, plus à même de nous
éclairer sur ce point.
Nous interrogeons donc Me Pierrat. A notre
étonnement, il nous répond que le nom de domaine
lui a été rendu. Pourquoi ne l'a-t-il pas
réactivé ? "Parce que nous avons des
tas d'autres choses à faire. (
) Et puis les
choses étant un peu retombées, relancer jeboycottedanone.com,
alors qu'on a communiqué entre temps sur le lancement
de ouijeboycottedanone.com est un peu compliqué.
Mais il est à disposition. (
) Pour des tas
de raisons, liées au temps, au calendrier, à
la chronologies des choses, Olivier Malnuit ne l'a pas réactivé."
Surpris d'apprendre qu'il disposait depuis
longtemps du nom de domaine, nous sommes donc allé
demander à son propriétaire pourquoi il ne
l'avait pas mis en fonction. "Je n'en sais rien",
nous a répondu Olivier Malnuit, expliquant qu'il
n'y connaissait rien à ces question "techniques".
Il se demandait d'ailleurs si cela ne demandait pas "plusieurs
mois".
Pourtant, dans ses conclusions, remises le
30 mai au juge du fond, Me Pierrat donne une autre explication,
dont il n'avait pas jugé utile de nous faire part
lorsque nous l'avons interviewé : "Malgré
l'autorisation faite par l'ordonnance du 23 avril 2001 de
continuer l'exploitation du site et du nom de domaine "jeboycottedanone.com",
les animateurs du site ont volontairement choisi de le fermer."
Pourquoi le client défendu par Me
Pierrat a-t-il "volontairement" choisi de bloquer
l'accès au nom de domaine ?
Pourquoi ne l'a-t-il pas dit publiquement ?
Pourquoi n'a-t-il pas porté plainte pour rupture
abusive de contrat contre la société gestionnaire
du nom de domaine ?
Pourquoi ne s'est-il pas associé à la plainte
pénale pour "entrave à la liberté
d'expression" déposée par le Réseau
Voltaire, Valentin Lacambre, les Verts, le PRG, la LCR,
le PCF, des journalistes de L'Humanité et ATTAC ?
Pourquoi
Me Pierrat a-t-il essayé de faire porter toute la
responsabilité sur son client, en écartant
le Réseau Voltaire, éditeur du site ?
En bon avocat, Me Pierrat s'est posé
dès le début la question de la responsabilité
de son client. Si Danone attaque Jeboycottedanone, a-t-il
choisi la bonne cible en s'en prenant à Olivier Malnuit
? "Non", a tenté de démontrer
son avocat. Mais Emmanuel Pierrat s'est contenté
d'évoquer la responsabilité d'une association,
Boycott !, qui n'existait pas encore et non celle du Réseau
Voltaire, créé en 1994 et éditeur du
site internet mis en cause.
Lors du procès en référé,
Me Pierrat a dû parler "d'association de fait"
puisque la création de Boycott ! n'avait pas
été publiée au Journal officiel. Un
mois et demi pluq tard, lors du procès sur le fond,
il n'a pu montrer que le reçu de la préfecture
auprès de laquelle l'association venait d'être
déclarée. Tenter de faire porter la responsabilité
à une association et non à son client est
d'ailleurs assez étrange puisque son client est précisément
le président de cette association et se trouve donc
responsable de ses actes. Sa responsabilité n'est,
par ailleurs, pas limitée, comme c'est le cas avec
une Société à responsabilité
limitée (SARL). Il peut être saisi sur ses
biens propres pour des actes commis par l'association qu'il
préside.
Pourquoi Me Pierrat n'a-t-il pas fait valoir
devant le tribunal que son client n'est juridiquement responsable
que du nom de domaine et non pas du contenu du site édité
par le Réseau Voltaire ? L'avocat nous répond
que le Réseau Voltaire n'est pas juridiquement l'éditeur.
Pourtant, c'est pour que le Réseau Voltaire en soit
l'éditeur qu'il a été appelé
lors du lancement de Jeboycottedanone. Le journal Technikart
aurait en effet pu le mettre en ligne sur son propre site,
comme cela avait été prévu au départ.
Mais les dirigeants de ce magazine n'ont pas souhaité
qu'il en soit ainsi, afin d'éviter les problèmes
qui pouvaient en découler.
Quel rôle joue le Mouvement des citoyens ?
Maître Pierrat a tenté de remplacer
l'association de défense de la liberté d'expression
par le parti de Jean-Pierre Chevènement. Au procès
sur le fond, tandis qu'il critiquait la position du Réseau
Voltaire, il insistait sur la personnalité de l'ancien
ministre de l'Intérieur. Ancien attaché parlementaire
d'un député chevènementiste, Me Pierrat
connaît bien le MDC. C'est peut-être pour cette
raison que le parti de Jean-Pierre Chevènement accueille
une copie de Jeboycottedanone sur son site. Mais alors que
Me Pierrat écarte le Réseau Voltaire qui ne
serait pas l'éditeur du site, il semble vouloir imposer
la responsabilité du MDC. Sinon, pourquoi a-t-il
tant insisté lors du dernier procès sur la
personnalité de Jean-Pierre Chevènement ?
Si le MDC ne porte pas la responsabilité des pages
qu'il met en ligne, pourquoi Olivier Malnuit a-t-il besoin
de saluer " le courage de Génération
République et de Jean-Pierre Chevènement " ?
[Lire son
édito sur le site de M. Chevènement]
Interrogé au téléphone
le lendemain du procès, Emmanuel Pierrat nous affirme
ne pas avoir dit qui est responsable des pages présentes
sur le site du Mouvement des citoyens. "Il s'agit
sans doute de l'association Boycott !", nous répond-il
évasivement. Une réponse très surprenante
car elle remettrait son président, Olivier Malnuit,
au centre de la bataille juridique. Etonné par ces
propos, nous appelons donc ce dernier qui nous explique
qu'il subit depuis un mois et demi des assauts judiciaires
et médiatiques épuisants. Il nous exprime
avec insistance son souhait de voir enfin cesser cette histoire.
Alors, pourquoi Me Pierrat a-t-il écarté
le Réseau Voltaire et mis en valeur le parti politique
de Jean-Pierre Chevènement ? Jeboycottedanone présent
sur le site du MDC est vidé de son contenu. Les tribunes
et enquêtes publiées sur le site du Réseau
Voltaire ont disparues, tandis que le forum est "temporairement
inaccessible" depuis des semaines. Danone n'a pas
porté plainte contre l'apparition de ces pages sur
le site du MDC et contre l'activation du nom de domaine
"ouijeboycottedanone.com". Contacté au
téléphone, l'avocat de la société,
Me Escande nous dit ne pas savoir s'il va porter plainte
: ce n'est pas d'actualité, il n'en sait rien, son
client ne lui en a pas parlé... Nous appelons donc
immédiatement son client. Le service juridique de
Danone nous a répond longuement qu'il peut difficilement
nous répondre
Il ne sait pas si Danone va porter
plainte. Il ne peut pas non plus nous dire si cette question
se pose actuellement. Etrange : dans un cas, il y avait
extrême urgence pour faire appel aux juges des référés
et dans l'autre non.
Raphaël Meyssan
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