COQUILLE :
En jargon journalistique,
faute typographique

Plusieurs grands journaux ont réalisé des contre-enquêtes pour montrer que le Boeing 757-200 d'American Airlines s'est bien écrasé sur le Pentagone le 11 septembre. Quelques erreurs anodines s'y sont glissées.

 

Témoignages erronés

Les contre-enquêtes sur notre précédent dossier, réalisées par les quotidiens français Le Monde et Libération, commencent tous deux par citer les témoins de l'attentat. Selon ces journaux, leurs témoignages confirmeraient le crash du Boeing 757-200 sur le Pentagone. Ils citent notamment Steve Patterson et Mike Walter.

Pourtant, le premier disait précisément au Washington Post que l'appareil « avait une contenance d'environ 8 à 12 personnes » et « faisait un bruit strident comme celui d'un avion de chasse ». ["appeared to hold about eight to 12 people" and "sounded like the high-pitched squeal of a fighter"]

Le second expliquait au Washington Post et à CNN que « c'était comme un missile de croisière avec des ailes »... ["it was like a cruise missile with wings"] Voir les différents témoignages sur la nature de l'avion.

 

Le débris n'est pas issu d'un Boeing d'American Airlines


En tout et pour tout, il n'existe qu'une seule photographie sensée représenter un débris du Boeing qui se serait écrasé sur le Pentagone. Cette image du Navy Times a été très largement diffusée par Associated Press. Elle est présentée par de nombreux journaux comme une preuve du crash du vol 77 d'Americain Airlines sur le Département de la Défense .

Pourtant, ce bout de tôle tordue [Voir l'image] ne correpond à aucune pièce d'un Boeing 757-200 de cette cette compagnie. On peut observer les images de ces avions dans tous les sens, on ne trouve nulle part les couleurs correspondantes.

La présence de rouge et de blanc sur le débris ne signifie d'ailleurs pas nécessairement qu'il s'agit des couleurs d'American Airlines, mais plus prosaïquement de celles des Etats-Unis d'Amérique.

Il est d'ailleurs étrange que ce « débris de l'avion » ne soit pas même noirci alors que l'avion aurait été pulvérisé.

Enfin, le Département de la Défense a précisé lors d'une conférence de presse qu'on n'avait pas retrouvé de morceaux de l'avion à l'extérieur du bâtiment, à l'exception d'un phare.

Pourtant, Le Monde du 21 mars 2002, exhibe cette photographie du « débris » comme une preuve, sur une page consacrée entièrement à l'affaire (page 23, voir aussi l'éditorial page 18). Lors d'un débat télévisé (« + Clair » sur Canal +, le 23 mars 2002) le journaliste qui a réalisé la contre enquête du Monde, Hervé Kempf, s'est expliqué sur le choix de cette image avec Thierry Meyssan, auteur du livre L'Effroyable imposture.

Thierry Meyssan : « Voilà une falsification très intéressante. Le journal Le Monde, qui a cherché à induire ses lecteurs en erreur, a publié une photographie qui provient d'un photographe officiel de la marine des Etats-Unis. »

Daphné Roulier (la présentatrice de l'émission) : « US Navy. »

Thierry Meyssan : « Sur cette photographie, on voit un morceau de métal qui n'est pas identifiable. [...] Le Département de la Défense nous a dit qu'il n'y a qu'un phare de l'avion qui a été retrouvé sur le pelouse. Donc d'après les autorités, ceci n'est pas un élément de l'avion. Pourtant le journal Le Monde [...] utilise ça comme argument. [Il] fait semblant d'ignorer cette conférence du 15 septembre dont nous avons largement discuté ensemble [Thierry Meyssan et Hervé Kempf]. Et vous m'avez plusieurs fois interrogé sur cette photographie. Mais pour en rajouter, ils signalent qu'ils ont contacté l'auteur de la photographie, le 19 mars, pour s'assurer de son authenticité - ce dont personne ne doute, mais qui ne nous apporte strictement rien quant à la signification de l'image. [...] Je voudrais savoir pourquoi le journal Le Monde a voulu induire ses lecteurs en erreur avec cette photo. [...] »

Daphné Roulier : « Si je puis me permettre, je crois, Hervé Kempf, que vous n'étiez pas d'accord avec l'explication de cette photo. »

Hervé Kempf : « Alors ! C'est très intéressant que M. Meyssan cite cette photo et ce qu'il en dit est exact. C'est à dire que je suis d'accord avec lui et il y a eu un débat au sein de la rédaction du Monde - parce que la rédaction ce n'est pas monolithique. Et personnellement, avec d'autres journalistes, j'étais opposé à la publication de cette photo qui était présentée comme un élément de preuve. Vous avez tout à fait raison de signaler que ce n'est pas un élément de preuve et que c'est présenté de façon à faire croire "Ah ! Vous voyez bien que M. Meyssan a tord puisque voilà un débris avec un morceau d'avion". Si on lit attentivement cependant la légende, on verra qu'il n'y a pas d'ambiguïté. »


La légende de la photo publiée par Le Monde n'est effectivement pas du tout ambiguë :
« Cette image a été prise par un photographe militaire du Navy Times, le 11 septembre 2001. Selon l'agence Associated Press (AP), qui la diffuse, la photo montre un débris de l'avion sur l'héliport ouest du Pentagone. AP précise que des morceaux ont été éparpillés par le choc jusqu'à l'autoroute avoisinante. Il s'agit de l'un des rares documents disponibles dans les agences photographiques. Mark Faram, l'auteur du cliché, a confirmé son authenticité au Monde, mardi 19 mars. »

Par ailleurs, l'éditorial du journal ne laisse aucun doute sur l'interprétation qui doit être faite de cette image : « Des témoins ont vu l'avion avant qu'il ne s'écrase sur le Pentagone, une photo a même montré un morceau de fuselage à une centaine de mètres de l'immeuble ».

C'est ce qu'on appelle une coquille, n'est-ce pas ?

 

Les experts contradictoires

Dans la même émission, François Grangier, expert enquêtes-accidents reconnu, expliquait qu'un avion n'a pas pu percuter la façade.

François Grangier : « Ce qu'il y a de certain que quand l'on voit la photo de cette façade qui est intacte, il est évident que l'avion n'est pas passé par là. On peut imaginer qu'un avion de cette taille-là ne peut pas passer par une fenêtre en laissant l'encadrement debout. Mais il est évident que si avion il y a eu il a tapé à un autre endroit. »

Daphné Roulier : « Donc un Boeing 757 à cet endroit aurait du faire beaucoup plus de dégâts ? Vous êtes d'accord en cela avec Thierry Meyssan ? »

François Grangier : « Précisément sur la façade, oui. Mais je ne vois pas l'importance de la chose. Lorsque l'on regarde le site Internet des architectes du Pentagone, on voit une vague description d'impact. Mais il ne faut pas voir de machiavélisme là où il n'y a que de l'incompétence. Il ne s'agit pas d'une enquête sur un accident d'avion, il s'agit d'un acte de terrorisme. »

La contre enquête du Monde cite plusieurs spécialistes sans donner pour autant le moindre nom : « un pilote de ligne français », « les experts aéronautiques consultés par Le Monde », « un autre ingénieur ».

Au contraire de François Grangier, tous ces spécialistes anonymes vont dans le sens de la contre enquête du journal. L'éditorial du Monde nous apprend : « les experts expliquent que l'appareil s'est pulvérisé sous la violence du choc. La parole des experts n'est certes pas d'Evangile, et il est bon qu'elle soit contestée par les citoyens. Encore faut-il que cette contestation s'appuie sur des critères de rigueur où tous les faits sont pris en compte. Or la rumeur du 11 septembre laisse de côté tout ce qui ne va pas dans le sens que souhaitent ses propagateurs. Comme si la réalité n'était qu'affaire d'opinion et de jugement, comme si elle n'avait aucune consistance factuelle objective indépendamment des parti-pris subjectifs. L'information est un travail, avec ses règles, ses apprentissages, ses vérifications. »

Nous souscrivons totalement au principe édicté par le quotidien de référence : ne pas écarter les éléments contradictoires. De notre côté, nous tentons modestement de le mettre en pratique.


1 - Les témoins : Boeing 757 ou appareil militaire ?
2 - Les faits : un trou de 2,30 m de diamètre
3 - Les hypothèses : nez d'avion ou tête de missile ?

PS - Coquille : En jargon journalistique, faute typographique


 
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