REPORTAGE INITIATIQUE
Quelques jours avec les sans-papiers

Un voyage dans Paris, chez des habitants illégaux de la France : les sans-papiers de la Maison des ensemble de Paris, en lutte depuis trois ans.


Photo d'Eduardo Inclan

10 janvier 2002

Je reçois un coup de fil vers onze heures. Il s'agit de Mamadou Traore, porte-parole du mouvement des "sans-papiers du Châtelet", comme je les appelle. La coordination nationale des sans-papiers lui a transmis le contenu d'un e-mail que je leur avais écrit il y a quelques jours.
Se concrétise un contact que je cherchais à établir depuis quelques temps dans le but d'amorcer un reportage sur ces sans-papiers qui, à grands renforts de percussions et de porte-voix, parcourent le métro dans le but de faire valoir leur cause : la régularisation des sans-papiers.

 

15 janvier 2002

5, rue d'Aligre. Je passe à l'improviste à l'adresse que m'a indiquée Mamadou Traore. Une de ces rues qui feraient peur aux petites vieilles. Un passage donne sur une cour intérieure. Trois ou quatre personnes discutent. L'un d'eux me fixe et hoche la tête d'un air interrogatif. Je l'informe de mon souhait de rencontrer les sans-papiers. Il m'indique une porte et un étage. Je choisis la porte. Entre. Trois personnes dont deux allongées sur des lits de fortune et un assis. Je demande à voir Mamadou Traore. Aussitôt, l'homme assis m'emmène le voir. Je le suis. Nous retournons dans la cour, nous croisons mon premier interlocuteur qui me demande si j'ai trouvé ce que je cherchais. Je lui réponds poliment que oui et le remercie. Je me surprends à être prudent sur tout ce que je dis. La peur peut-être.

Nous passons par une autre entrée de l'immeuble délabré. Nous parcourons couloirs, escaliers, je m'y perds un peu. Je me demande si je trouverais la sortie le moment venu. Le parcours me renvoie une réalité en pleine gueule. Celle des sans-papiers, des sans-domiciles qui restent allongés sur des matelas récupérés à droite à gauche. Je suis en plein squat du "collectif des sans-papiers de la Maison des ensembles (MDE)". Je me dis que je dois faire tâche parmi eux. Moi, le grand blond propre sur lui, lunette de vue en titane à 1500 FF sur le nez et, aux pieds, Nike à 500 FF que je prévois de remplacer prochainement par une autre paire du même genre et du même prix.

Photo d'Eduardo Inclan
Photo d'Eduardo Inclan

Mon hôte me fait rentrer dans une pièce séparée du reste par une porte dont le mécanisme d'ouverture fait penser à celui d'une porte blindée. A l'intérieur, un jeune homme est au téléphone. Il me regarde. Mon premier hôte m'invite à m'asseoir. Le jeune homme au téléphone, personne d'autre que Mamadou Traore, confirme l'invitation d'un geste de la main. Il finit son coup de fil, se lève et me tend la main. Je ne l'imaginais pas du tout comme ça.

Je me présente. Il se souvient de notre conversation au téléphone. Par terre, un plateau avec poignée sur les côtés contient deux théières ou cafetières (bleue et rouge) je ne sais pas, deux verres, du sucre, un réchaud à gaz. Il allume le réchaud et pose la théière / cafetière (la bleue pas la rouge) dessus. Il verse le liquide foncé dans un verre et me le tend.
"C'est du café ? Je demande presque gêné.
- du thé."

Rassuré. Je n'aime pas le café et je ne voulais pas refuser l'offre. Je bois une lampé brûlante et forte en sucre. Je sors le dictaphone. Je lui demande si ça l'ennui que j'enregistre. Il me dit que non. J'enregistre donc.

La conversation s'installe doucement : quasi-absence de soutien, (non-) évolution de leur situation depuis la loi Chevènement. Cette loi qui, selon les mots du collectif, "a mis tous les sans-papiers dans la merde". Les démarches sont longues et obtenir les preuves nécessaires à la régularisation relève d'une logique totalement paradoxale. La régularisation est en effet envisageable dans la mesure où le sans-papier prouve qu'il est sur le territoire français depuis 10 ans (pour les ressortissants de l'Afrique noire. Pour l'Afrique du Nord, cinq années "suffisent"). Seulement, pour le prouver, il faut des papiers officiels. Ces mêmes papiers qui ne sont pas à la portée (administrative) d'une personne au statut de sans-papiers.

Les sans-papiers de la Maison des ensembles vivent avec les moyens du bord, mais ne semblent pas s'en plaindre. Tous comptes fait, les besoins au quotidien ne sont pas énormes. Pas de loyer à payer, pas d'électricité non plus ; les petites pièces données par les gens dans le métro et sur la place du Châtelet lors des manifestations sont utilisées pour payer le téléphone ; Emmaüs leur fournit quelques couvertures et habits ; pour les matelas, il n'est visiblement pas difficile de s'en procurer dans la rue ; les sources de nourriture fluctuent entre les banques alimentaires, la chorba [Lire ci-contre], la débrouillardise et l'achat collectif de nourriture.

Quant aux besoins politiques : "on décline la plupart des invitations aux colloques de la coordination nationale sur Paris. Quant aux colloques à Marseille, à Lyon ou autres, nous disons juste que nous n'avons pas d'argent pour le voyage. Ils ont compris que ça se passait entre nous et le ministère. Nous n'avons rien à gagner dans l'institutionnalisation de notre lutte. Ceux qui viennent derrière nous non plus".

Photo d'Eduardo Inclan
Photo d'Eduardo Inclan

Au bout de quelques minutes de discussion, le confort me gagne. C'est plutôt agréable d'écouter et de discuter avec Mamadou Traore. Il parle calmement et posément. Pas une trace d'engagement utopique ou fanatique dans ses paroles. Son engagement, c'est son quotidien. Il aide les sans-papiers dans leurs démarches de régularisation. Pour cela, il tient comme une permanence dans cette pièce du squat. La Maison des ensembles, c'est pour lui "le vrai visage des sans-papiers". Au cours de notre entretien, d'ailleurs, trois ou quatre personnes entreront dans la pièce, papier officiel à la main ou demande d'aide timide sur le cœur. "Des fois, je suis mal à l'aise face à des gens qui viennent demander de l'aide et que je ne peux aider". Toutes sortes d'aides sont demandées. Comme ce jeune d'origine arabe qui cherche un lieu de domiciliation pour qu'il puisse recevoir le courrier que lui envoie la préfecture.

En prenant du recul, il m'avoue être plutôt satisfait de l'évolution de leur lutte. "Sur les 350 personnes à la création du collectif, il ne reste plus grand monde à régulariser. Je pense que l'on a réussi à 80%".

Puis on parle de ce qui m'amène ici. Les manifestations sur la place du Châtelet. "En gros, c'est pour se faire remarquer. Parce qu'il faut beaucoup de patience". Le choix du lieu de manifestation a été choisi dans cet unique objectif d'obtenir une visibilité maximum. Mamadou me fait partager son impression d'avoir gagné une certaine notoriété grâce à ces manifestations. Une notoriété paradoxale : "y'a des gens que ça agace. Alors ils envoient des lettres à la mairie pour dire que le bruit les gêne. Du coup, la préfecture et la mairie se demandent ce qu'ils pourraient faire pour arrêter ça". La démarche a donc le mérite d'attirer l'attention de l'opinion publique et des institutions. Quant aux forces de l'ordre "jamais de problèmes graves". Mais avec les agents de la sécurité de la RATP "on a quelques accros parfois".

Quand je suis à cours de questions, le silence reprend sa place. Mais pas un de ces silences gênés durant lesquels l'un regarde l'autre dans l'attente d'une prise de parole. Un silence reposant, verre de thé à la main. D'autres sans-papiers rentrent, me serrent la main et discutent de problèmes administratifs. Un autre vient quémander une cigarette. Celui-ci fait aussi tache que moi : bagues, chaînes en or autour du coup, pantalon baggy et tee-shirt rouge de base-ball.

Photo d'Eduardo Inclan

 

19 janvier 2002

Vers 14h30, nous nous sommes rendus, avec Philippe (photographe), à la Maison des ensembles afin d'escorter les sans-papiers pendant leur sortie dans le métro. Les sans-papiers du Châtelet se rendent en général les jeudi et samedi à 15h à la place du Châtelet sur laquelle ils tournent autour de la fontaine. Un reportage photo est prévu.

Dans la piaule de Mamadou, je rencontre un autre porte-parole du collectif autonome, Sow Yero. Lui est sans-papier et réside en France depuis 1988, date à laquelle il a décidé de venir s'installer avec sa famille et de trouver du travail pour permettre à ses gamins d'aller à l'école. Mamadou et lui m'informent qu'il y en a un troisième, Maka Tounkara.

Ils nous offrent un petit thé comme la dernière fois. On regarde un peu les courses épiques sur Canal Plus. Une personne vient chercher un porte-voix et s'en va rameuter les troupes. "Ceux qui dorment, ils faut les bouger un peu, et ceux qui prient faut les dépêcher aussi". On se prépare donc doucement à prendre le chemin du métro. Nous finissons notre thé et nous y allons.

Photos d'Eduardo Inclan
Photos d'Eduardo Inclan

Le maigre cortège part en direction de la station de métro Gare de Lyon. Les Renseignements généraux sont présents. Traore m'avertit qu'ils essaieront peut-être de nous dissuader de prendre des photos. Lorsque nous serons sur la place du Châtelet, Yero Sow me dira qu'il leur est nécessaire pour chacune des manifestations de déclarer un trajet à la préfecture. Et les Renseignements généraux de venir les escorter et d'écrire un rapport sur l'évolution de la manifestation. "Pour l'instant, tous les rapports des Renseignements généraux ont été bon", me dit Yero. Philippe en photographie un dans le métro. Aussitôt le RG lui fait remarquer qu'il n'a pas le droit de prendre des photos.

Dans le métro, les percussions font un bruit pas possible. Elles sont accompagnées des porte-voix par lesquels les slogans simples et directs se succèdent en rythme soutenu. "Et les papiers : pour tous ! Les sans-papiers : on n'en veut pas ! Sans-papier expulsé : sans-papier assassiné ! Sans-papier matraqué : sans-papier assassiné !". Quelques passagers se bouchent les oreilles. Deux jeunes filles suivent les slogans avec un des sans-papiers du collectif. Pour une fois qu'elles peuvent gueuler dans le métro sans avoir de reproches.

Nous sortons du métro. Et la ronde commence sur la place du Châtelet autour de la fontaine sans eau. Des tracs sont distribués. De la sensibilisation sur le sujet est tentée par une dame d'une association de lutte pour les droits de l'Homme qui suit le cortège du collectif de la Maison des ensembles depuis le début. Deux personnes du collectif tentent également de recueillir des fonds. L'un d'eux me confie qu'il n'y a pas beaucoup de rentrées aujourd'hui. La grande majorité des manifestants ici-présents est régularisée et travaille même. Je comprends mieux l'esprit de solidarité dont il m'avait parlé.

Au tout début du mouvement et lors des premières manifestations sur la place du Châtelet, le collectif qui squattait à la Maison des ensembles avait décidé de ne compter que sur lui-même. Pendant une semaine, l'envoi de fax à différents politiques ou associations proches de la gauche ou de l'extrême gauche, n'avaient rien donné en matière de soutien. Une question de timing : aucune élection dans les mois qui suivaient. Pourtant tous avaient donné leur accord et n'avaient pas hésité à poser leur signature au bas des tracts.

A peu près une centaine de photographies plus tard et quelques rondes autour de la fontaine, nous quittons le collectif qui restera jusqu'à 17h. ils rentreront alors à la Maison des ensembles, chaperonnés par les RG qui s'assureront de leur bonne conduite et de leurs non-débordements.

 

26 janvier 2002

Aujourd'hui, nous avons rendez-vous à la MDE avec Yamina, une photographe non-professionnelle qui a passé beaucoup de temps dans le squat à photographier ses résidents. Mamadou m'avait parlé d'elle et tenait à ce que je la rencontre, en précisant qu'une seule de ses photos avait été publiée (dans une publication de l'association Partenia qui réside également à la MDE).

Photo d'Eduardo Inclan
Photo d'Eduardo Inclan

Nous arrivons un peu en retard. Yamina et Mamadou nous attendent, assis. Le thé chauffe. Elle nous montre ses photos. Philippe les regarde attentivement. Les deux photographes discutent chiffon : quel appareil utilisé, quels moyens de développement des négatifs et des tirages, quel type de pellicule. La conversation s'installe naturellement. Entre Yamina et Traore, un petit carnet est le sujet d'une dispute amicale. La scène démontre une complicité évidente.

Un premier thé nous réchauffe la gorge.

Une personne entre dans la chambre. Traore s'excuse de nous laisser quelques temps et s'éclipse avec la personne. Il m'informera plus tard qu'il s'agit d'un participant à l'assemblée générale de l'association Partenia présidée par Jacques Gaillot. Ils sont ici depuis 8h ce matin et utilisent une des pièces du bâtiment, au rez-de-chaussée. Traore devait faire acte de présence afin de leurs expliquer le fonctionnement de la MDE.

Son absence nous pousse, Yamina et moi-même, à prendre en main la fabrication du thé suivant. Le rituel est simple : deux théières, un verre en plastique, une bonbonne de gaz, beaucoup de sucre. Le thé passera de nombreuses fois de la théière contenant le thé au verre, le but étant de faire mousser le breuvage. Au final, il est remis dans une plus petite théière pour le réchauffage. Traore revient de la réunion. Nous goûtons le thé. Il semble fier de nous.

Traore nous raconte ensuite ses histoires d'intendance : le bâtiment de la MDE appartient à la mairie de Paris et, plusieurs fois, des missions de sécurité ont été envoyées au squat par la municipalité pour vérifier les normes du bâtiment. Il rigole du fait qu'ils appelaient toujours pour leurs signaler que le rapport était négatif. Il n'y a pas longtemps, il a également reçu une note d'électricité d'EDF qui facturait 190 000 francs. Rien n'avait été payé depuis 1996. les distributeurs d'énergie ont envoyé un huissier de justice. La MDE a demandé l'aide de la mairie. Bertrand Delanoé, lors de sa campagne avait promis de débloquer des fonds pour ce genre de situation. Après moult renvois de balles entre EDF, la mairie et la MDE, la note serait descendue à 2300 euros.

J'avais dans l'idée de contacter le service qui s'occupe de la régularisation des sans-papiers. Il s'agit de la délégation à la liberté publique et aux affaires juridiques (partie intégrante du ministère de l'Intérieur), dont le président s'appelle Jean-Marie Delarue. J'aurais voulu les inviter, les fonctionnaires du ministère et les élus politiques, à venir boire un thé.

 

5 février 2002

Je n'ai paradoxalement jamais visité le bâtiment de la MDE dans sa globalité depuis le début de mon investigation. Le mal est réparé aujourd'hui. La visite (pourtant c'est con une visite) me donne de nouvelles idées de reportage. J'ai l'impression d'avoir fait les choses à l'envers. Je me suis intéressé au collectif des sans-papiers sans apercevoir la vie qui se cachait à la MDE.

De la chambre de Traore, nous allons aux différents étages. La première halte se fait au local de l'association Partenia de Jacques Gaillot, ancien évêque d'Évreux, renié par l'Eglise catholique. Ce dernier n'est pas présent (il ne l'est que quelques jours de la semaine, toujours en déplacement), je suis donc accueilli par Lucienne Buton, bénévole de l'association dont le rôle est de faire la permanence afin de conseiller et d'aider les défavorisés. Elle est également tête de liste PS à la mairie de Neuilly (92), face à Nicolas Sarkozy.

Nous rencontrons plus tard les responsables de l'association Rhea (rassemblement pour une humanité équitable dans l'avenir). Ils m'ont l'air un peu sur la Lune, à moins qu'ils soient fatigués. Ils informent Traore qu'une réunion entre toutes les associations de la MDE est prévue ce jeudi 7 afin de réfléchir sur l'avenir de tous (comprendre : avenir des associations). D'autres associations vivent à la MDE. Il s'agit de point écoute chômeurs et de la Chorba.

La suite se résume à la visite des diverses chambres dans lesquelles dorment les membres du collectif des sans-papiers. Nous rencontrons quelques personnes. Beaucoup ne sont pas présentes car elles travaillent et ne reviennent à la MDE que vers 18 heures. Des postes de télévision sont allumés. Au fil des dortoirs visités, l'histoire des sans-papiers m'apparaît plus claire. Tous les non-régularisés (88 à la date d'aujourd'hui) ont convenu d'attendre et de refuser de travailler au noir. Leur exigence se situe dans le fait qu'ils ne veulent pas de situation précaire. S'ils se mettent à travailler, le collectif serait moins fort. Et puis travailler au noir arrange trop d'entreprises. On appelle ça la "délocalisation sur place" [1]. L'une des revendications nationales se situe là. Il est fortement probable que si tous les sans-papiers étaient régularisés, un bon nombre d'entreprises se retrouveraient dans la merde. Leur main d'œuvre à salaires réduits et conditions précaires n'existerait plus.

Photos d'Eduardo Inclan
Photo d'Eduardo Inclan

Alors, ils attendent. Depuis trois ans, ils attendent une régularisation qui leur permettrait de trouver un travail fixe et donc de nourrir la famille qui se trouve encore au pays. Quand ils me parlent, peu de mots sortent. Mais les rares sont directs, sans concessions. Ils soutiennent une cause simple jusqu'au bout.

Une plaque chauffante est l'objet d'une petite dispute dans l'une des cuisines. Les récents différents qui ont opposé la MDE à l'EDF obligent les résidents à rationner l'électricité. Sont donc proscrites les plaques chauffantes, trop grandes consommatrices d'énergie. Seules les chauffe-gaz sont autorisés pour la cuisine. Une quarantaine de plaques ont été confisquées et entreposées à la cave en attendant de meilleurs relations avec EDF.

Nous revenons dans la chambre des trois porte-parole. Sow revient avec un sac de tracts. Le collectif organise une manifestation demain devant le ministère de l'Intérieur vers 11 heures. C'est traore qui a écrit le tract. Il le trouve cependant un peu chargé : la page A4 est remplie de texte. Je lui dit qu'il ne faut pas céder à la fainéantise du lecteur. Si leurs revendications nécessitent cet amas de texte, alors il doit le laisser. Mieux vaut un tract explicatif, qu'un tract publicitaire qui ne comporte aucun message clair.

L'un des sans-papiers arrive et s'installe pour manger du riz à la sénégalaise. Il m'en propose, j'hésite un peu. Davantage par le sentiment de leur voler une nourriture qui ne doit être abondante que par la peur que ce ne soit pas bon. Le sans-papier attaque le riz à la main. Traore : "donne-lui une cuillère". Il me tend une cuiller, j'attaque le riz à mon tour. Y'a aussi du poulet dedans. C'est délicieux. J'ai été con d'hésiter, je n'avais pas mangé ce midi et les thés m'ont creusé l'appétit.

 

9 février 2002

Montparnasse. Manifestation dont l'initiative revient à la coordination nationale des sans-papiers. J'ai été prévenu par la coordination elle-même qui a gardé mon e-mail et m'envoie parfois des informations.

J'y suis allé dans le but de suivre le collectif de la MDE. J'arrive sur les lieux avant eux. Quelques minutes plus tard, nous entendons leur percussions et leurs porte-voix. C'est Traore qui me voit le premier. Plusieurs mouvements sociaux sont sur les lieux. Des feuilles de choux obscures se vendent à la sauvette. J'en récupère quelques-unes unes à lire plus tard. Le cortège s'organise difficilement, quelques tensions entre les différents chefs de file. Finalement tout le monde se met à la queue leu leu et commence sa marche. En tête du cortège, une belle brochette de "papiers" : Alain Lipietz et d'autres que je ne reconnais pas. Alain a l'air de se faire chier. Il a du mal à suivre les slogans. Quelques instants plus tard, il aura disparu.

Je comprends désormais le concept de politique qui récupère un mouvement social dans le but de (dé)montrer qu'il s'implique. Parfois les organisateurs ne sont pas dupes.

La pluie tombe drue, le cortège s'arme de parapluies mais ne se démobilise pas. Nous marchons vers le Sénat, près du luxembourg. Je dois partir, je dis au revoir à Traore et Yamina qui était venue là pour défiler aussi et soutenir ses amis.

Toutes les théories et discussions politiques me paraissent bien loin. Et il me semble que la situation n'évoluera pas tant que les hommes politiques n'auront pas pris conscience du quotidien que les sans-papiers sont forcés de subir. Même l'approche des élections ne constitue pas un facteur décisif : les régularisés n'auraient pas le temps de s'inscrire sur les listes électorales.

Thomas Florentin

 

[1] Sans-papiers : l'archaïsme fatal, E. Balibar, M. Chemillier-Gendreau, J. Costa-Lascoux, E. Terray, ed. la découverte, coll. sur le vif.

 
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Dans l'intimité

Dans l'intimité

Regard photographique

Reportage initiatique

Reportage initiatique

Quelques jours avec les sans-papiers

Témoignage

Témoignage

Yero Sow

Témoignage

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Mamadou Traore

Siège matinal

Siège matinal

La courte occupation du Parti socialiste

Au grand jour

Au grand jour

La manifestation du samedi sur la place
du Châtelet

Photos subjectives

Photos subjectives

Les sans-papiers par eux-mêmes

Info pratique

Info pratique

Défendre la cause des sans-papiers permet-il d'être élu ?

 

 

 

 

 

 

 

 

  La Chorba est une association qui existe depuis quatre ans et dont la vocation est de préparer et de distribuer quelques 500/600 repas chauds (pour les mois de juin et juillet, ce chiffre peut s'élever à 1000, voire 1600) tous les soirs à la gare d'Austerlitz et le samedi soir à la gare du Nord. La nourriture provient des banques alimentaires, des dons des commerçants du marché d'Aligre (la MDE se trouve juste à côté) pour les produits frais, un boulanger du boulevard Saint Antoine pour le pain, aliment de base aux yeux de tous. La Chorba distribue également des colis alimentaires tous les quinze jours à la MDE. Enfin, le terme " chorba " désigne une soupe arabe traditionnelle (et légère) que l'association cuisine à la marocaine ou à l'algérienne.

 

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