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Photo
de Sophie Canillac
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Dans
le domaine de la sexualité, je ne connais que deux
mots : amour et viol.
Soit
les gens s'aiment, et aiment ce qu'ils se font
– ou aiment ce qu'ils se font sans nécessairement
s'aimer ni très fort ni très longtemps –
et on est dans le domaine de l'amour, soit l'un d'entre
eux n'aime pas ce qu'on lui fait et on est dans le domaine
du viol. Toute négation de l'autre, de sa liberté,
de son désir, que ce soit par l'usage de la force,
de la menace, de la nécessité, de la supériorité
ou de la dépendance, qui aboutit à une relation
sexuelle est un viol. Il y a viol si l'une des personnes
n'aime pas ce qu'on lui fait, quel que soit le mode de
coercition (physique, économique, psychique, légal
– matrimonial – ou autre)
Par
contre, quand il y a amour tout est possible
puisque les gens aiment ce qu'ils se font, quoi
qu'ils fassent, et qu'il n'y a pas de perversion.
Je ne dirai même pas que dans le domaine de l'amour
toutes les sexualités sont possibles et respectables
tout simplement parce qu'il n'y est en fait plus question
d'hétérosexualité, de sodomie, d'ondinisme,
d'homosexualité, de cunilinguisme, de masochisme,
de gérontophilie, de congressisme, d'onanisme,
de fellation, de travestisme, de satyriasisme... Il n'y
a que la sexualité ; tout court, celle que les
partenaires vivent à cet instant là parce
que c'est celle-là qu'ils veulent vivre à
cet instant. Ces mots ne sont plus alors que les catégories
vides de sens des normateurs pour qui la sexualité
ne relèvera jamais de la rencontre d'individus
libres, de sentiments libres, de désirs libres.
Mais la pédophilie fait-elle aussi partie de ces
catégories vides de sens ?
L'approche
libertaire, c'est à dire l'approche
en terme de respect de toute
liberté, suffit. La sexualité de l'enfant
appartient à l'enfant, ET
C'EST TOUT. La sexualité de cette période
de la vie est faite d'interrogations et de découvertes.
Quand un adulte s'en mêle, c'est avec ces interrogations
et ces découvertes réglées, et réglées
à sa façon. Or une relation, et il s'agit
bien sûr d'une relation d'amour (sinon on est bien
évidemment dans le domaine du viol) ne peut se
faire qu'une fois ces étapes franchies par chacun
des partenaires. Tant qu'elles ne le sont pas, que ce
soit à 15 ans, le lendemain ou la veille de la
majorité édictée par la loi ou à
30 ans passés, il s'agit là encore d'un
viol, qu'on l'appelle ou non pédophilie. Mais comment
savoir que ces étapes sont franchies ? J'ai
écrit une relation d'amour : aimer, c'est être
attentif à l'autre et être anarchiste, c'est
être attentif à la liberté, c'est
à dire ne pas prendre ses propres désirs
pour les désirs de l'autre ; dans la sexualité
comme dans l'organisation sociale...
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Dessin
d'Anne-Laure
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Quand
à utiliser les catégories normatives
évoquées plus haut pour injurier, stigmatiser,
marginaliser ou condamner, il faut vraiment avoir en tête
l'ordre moral de la religion et de la société
d'oppression pour voir une injure ou un vice – ou en tout
cas un prétexte à exclure – dans un acte
d'amour, quel qu'il soit. Jamais je ne dirai à
un être que je déteste
"va te faire... (au choix, selon le fantasme de chacun)".
Au contraire ! Qu'il s'étiole de désespoir
dans la solitude définitive de son intimité
à jamais désertées et qu'on me laisse
souhaiter à ceux qui me sont sympathiques toutes
les ressources de l'imagination pour exprimer leurs désirs
et leur amour.
La
sexualité, c'est cet espace unique et magique
où l'individu se réalise pleinement dans
ce qu'il a de plus irréductiblement intime dans
et par l'échange avec d'AUTRES
uniques se réalisant eux-mêmes. Pas étonnant
que cette magnifique rencontre entre l'individualisation
absolue et le partage total de libertés pleinement
autonomes effraie et indigne les prêtres, les magistrats
et tous les suppôts de l'oppression. Pas étonnant
non plus que ceux-ci reçoivent toujours la complicité
directe ou indirecte des pisse-froid et des peine-à-jouir.
Jean, Marie-Hélène, Claude,
Roselyne, Dominique, Floréal, Hugo...
Malgré
la signature plurielle, ce texte est rédigé
au singulier car dans ce domaine plus qu'en aucun autre,
chacun est absolument un individu particulier.