J'ai
l'impression d'être de nouveau en maison d'arrêt.
Je pensais qu'une fois en centrale, je trouverais un
rythme plus cool, que je pourrais faire des études,
travailler et mettre de l'argent de côté
pour préparer ma sortie... Mais non, il n'y a
rien de tout cela et ça me travaille car je vois
les mois passer, les années et rien ne change.
Je viens d'entrer dans ma sixième année
et je n'ai rien gagné ! Cinq ans de perdus
et tout le monde s'en fout. A côté de cela
on nous fait de grands discours sur la réinsertion,
les conditions de vie... Tout cela n'est que du bidon
pour endormir l'opinion publique car dans les faits,
rien n'a changé et rien ne changera.
Plus
les jours passent, et plus je me rends compte dans quel
piège je me suis mis en demandant
à la prison de Lannemazan. C'est pas une prison,
c'est un mouroir ! Avec leur politique du tout sécuritaire,
on nous enferme dans des cercueils de béton où
les caméras remplacent les surveillants. Aucune
activité mis à part le sport, service
social inexistant... De toute ma peine je n'avais pas
vu une prison aussi morte et ça me rend malade
car le jour où je demanderais une perm’ on me
la refusera car je n'aurai pas fait preuve de réinsertion
! Comment veux-tu te réinsérer dans une
prison où l’on ne te propose rien ? Tu ne peux
pas savoir combien je regrette d'avoir demandé
à venir ici !
On
t'enferme durant des années et en plus on te
condamne à faire ta peine dans la misère
si tu n'as pas de soutien extérieur.
En prison on n'a pas droit au RMI, et si tu n’as rien,
et bien tu es dans la merde. Il y en a qui diront qu'il
faut bien que la prison serve à quelque chose...
Dans ces conditions là, soit elle rend les gens
encore plus méchants qu'ils ne l'étaient
soit elle les pousse au suicide. La prison 4 étoiles
comme disent certains... ça n'existe pas !
La prison reste la prison et telle qu'elle est aujourd'hui,
elle détruit les gens à petit feu !
Pour
ce qui est des lecteurs de L'Asile utopique et
de mes témoignages, je ne suis pas
certain qu'ils s'intéressent vraiment au problème
des prisons... Peut-être qu'ils trouvent mes témoignages
forts intéressants, mais pas dans le sens que
j'attendais. Je crois que mes lettres les rassurent
sur leurs propres conditions, comme 9 passants sur 10
se retournent sur un mendiant sans s'arrêter.
Le mendiant crève toujours la faim tandis que
le passant retrouve son petit confort rassuré
de savoir qu'il y a pire que lui ! Depuis Fresnes je
n'ai reçu que deux témoignages de sympathie
de la part des visiteurs du site. Si les gens s'intéressaient
vraiment à ce qui se passe dans les prisons...
J'aurais aimé qu'ils se manifestent en m'écrivant,
en me posant des questions...
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Photo
de Raphaël Meyssan
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Depuis
quelque temps, on parle de relancer les libertés
conditionnelles. Ils n'auront pas de mal,
car depuis plus de dix ans elles diminuent à
vue d'œil ! A partir de janvier, ce ne sera plus le
ministre de la justice qui décidera si oui ou
non un type doit sortir ou pas. Cela se passera dans
un tribunal. Le type pourra exposer son projet, il pourra
faire venir son employeur, son avocat... et s'il y a
rejet, il pourra faire appel, ce qui n'était
pas le cas avant. Dans les grandes lignes c'est une
bonne réforme, mais si tu y regardes de plus
près, tu te rends compte que cela va être
pire qu'avant. La centrale de Lannemezan a une sale
réputation et quand tu dis que tu viens de là,
les gens se tiennent sur leurs gardes. Tu te présentes
au tribunal de Tarbes avec un bon dossier et pourtant
tu es grillé dès qu'on voit d'où
tu viens. Tout comme ce n'est pas bon de s'appeler Rachid
quand on a affaire à la justice ! Pour sortir
en conditionnelle, il faut avoir au minimum un logement
et un travail ! Durant ce temps de conditionnelle, tu
peux être amené à voir le juge chaque
fois qu'il te convoque ou bien obligé d’aller
pointer chez les flics. Durant le temps de conditionnelle,
tu peux être contrôlé à n'importe
quel moment car tu n'es pas totalement libre. Tu es
sous contrôle du JAP (le juge d'application des
peines). C'est une libération anticipée
car tu sors avant la fin de ta peine, mais c’est aussi
une liberté surveillée car tu restes sous
contrôle de la justice.
Amitiés
à tous
Franck Astier
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