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Dessin : Bens
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Suite
au rapport Attali, aux réponses apportées par
les lycéens au de lan passé et conformément aux projets
dunification du système éducatif en Europe, Claude
Allègre propose une nouvelle réforme de lEducation
nationale. Nouveau ministre, nouvelle réforme, nouvelle
réaction de profs "passéistes et réfractaires, par
principe, à tout changement", pensent certains.
Des manifestations et des grèves agitent
depuis deux mois la capitale ainsi que plusieurs grandes
villes de province telles que Rennes et Marseille. Pour
lil extérieur mal informé ou intoxiqué par les
campagnes médiatiques lancées en faveur dAllègre au
début du mois de mars (LEDJ, Libération, France
Inter...), elles semblent similaires aux mobilisations
antérieures, devenues traditionnellement consécutives aux
non moins traditionnelles réformes de détail proposées par
chaque nouveau ministre à lEducation. A ceci près
quAllègre est loin de ne se préoccuper que de détails
et propose une refonte fondamentale de tout le système éducatif
afin dadapter lenseignement à lentrée
de la France dans le troisième millénaire.
Le projet, tel quil a été présenté,
a lapparence dun " grand bond en
avant " du " mammouth "
(sic) vers louverture culturelle de tous les élèves,
vers légalité des chances, vers la possibilité de
laccomplissement personnel de chacun grâce à une ouverture
accrue du vase clos et stérile de lécole vers le monde
merveilleux de lentreprise. La réforme posée en ces
termes, tout opposant ne peut décemment être quun
fossile réactionnaire attaché à sa routine. Il convient
donc de dépoussiérer ce discours si bien construit afin
den tirer la " substantifique moelle ",
qui, après examen, parait bien filandreuse et bien contradictoire.
Bref, plutôt indigeste irais-je jusquà dire
nauséeuse ? Oui !
"Des temps nouveaux" :
"apprendre à parler, lire, écrire, compter" |
Je
vous propose en hors duvre les points
concernant lécole primaire, qui se voit assigner de
" nouveaux programmes pour des temps nouveaux,
centrés sur le thème apprendre à parler, lire, écrire, compter,
articulant tous les contenus et les grandes orientations
pédagogiques ". Un programme dont la modernité
ferait pâlir Jules Ferry. Il repose sur un réaménagement
du temps scolaire et une diversification éclatement
serait plus juste du personnel enseignant. Celui-ci
serait désormais composé " denseignants,
qui outre leur activité denseignement, sont responsables
de toutes les activités organisées sur le temps scolaire,
daides éducateurs spécifiquement affectés à lécole
et dintervenants extérieurs de formation artistique,
culturelle ou sportive ". Sil semble en effet
intéressant de développer, de concert avec des personnes
compétentes, le sens artistique et sportif des enfants,
la mise en place quen propose Allègre annihile tout
projet détablissement et même de classe, au profit
dun morcellement et dun cloisonnement des matières,
relativement comparable à lorganisation des cours
dans le secondaire. En effet, la mise en place dune
cohésion par lenseignant des différents projets menés
laprès-midi par ces différents " aides
éducateurs " (dont le statut, au passage,
apparaît très flou) est rendue improbable impossible
? par lattribution de ce créneau horaire à
la " mise en place des formules daide
aux enfants en difficulté ",à la préparation
de leurs " activités de coordination ",
et à leur formation[Les formations continues des instituteurs à lIUFM sur les matières
dites " fondamentales " (lire
écrire, compter) seffectueraient laprès-midi,
tandis que les formations artistiques auraient lieu pendant
les vacances scolaires...]. De plus, " ces
aides éducateurs, mais aussi les éducateurs sportifs et
culturels [seraient] rémunérés par la ville ou les associations ".
Les conditions déveil culturel et sportif des
enfants dans communes riches seront bien évidement les mêmes
que dans les communes pauvres.
Une
école à deux vitesses
Malgré
une apparence douverture culturelle de
lécole, ce projet aboutit, à terme, à une dégradation
du statut des enseignants, cantonnés aux matières dites
" essentielles ", à un cloisonnement
des différentes matières, lié à la disparition des projets
de classe et décole, ainsi quà une école à double
vitesse, les communes riches pouvant financer les aides
éducateurs, alors que les communes pauvres en seront bien
incapables... Cette perspective de " décentralisation "
de léducation nationale constitue un frein
à légalité des chances et de lenseignement,
selon " les contextes géographiques et sociaux
[...] variés ".
Ce schéma se retrouve dans les points concernant
le secondaire par un appauvrissement des programmes et une
dégradation de lenseignement des matières considérées
comme " non primordiales ". Lallégement
des programmes consisterait, par exemple, en sciences physiques,
en la suppression des questions épineuses du nucléaire et
de la génétique, par la diminution des horaires de langue
et de littérature, la suppression de la philosophie dans
certaines sections et une optionnalisation à terme des matières
artistiques dès le collège, ces enseignements pouvant être
dispensés par des personnes nayant ni le CAPES ni
lagrégation.
En outre, les conditions mêmes denseignement
se trouvent dégradées par les restrictions budgétaires qui
accompagnent le projet. Elles se traduisent par une forte
baisse des D.H.G. (dotation horaire globale, correspondant
au nombre dheures attribuées par établissement) de
76 heures en moyenne sur le département de Seine Saint Denis,
et pouvant aller jusquà une perte de 197 heures sur
certains établissements (Cergy) soit près de 10 postes
, par la suppression de certaines appellations ZEP
(E. Cotton à Argenteuil pour nen citer quun)
et des classes à profil (4ème daide et de soutient,
4ème et 3ème techno, 3ème dinsertion). Ces restrictions
budgétaires ont également pour corollaire lintégration
des SEGPA (élèves en grande difficulté) dans des classes
de collège où les enseignants nont pas la formation
nécessaire à la gestion de ces élèves.
Des
surveillants pour remplacer les profs
A
ceci sajoute une dégradation du statut des enseignants
et des MI-SE (surveillants), par le recrutement des surveillants
au niveau licence, afin quils soient aptes (?) à effectuer
des remplacements de professeurs, sans plus tenir compte
des critères sociaux auparavant observés, ni leur permettre
de poursuivre leurs études de manière satisfaisante. Ceci
a le double avantage de supprimer des postes de remplaçants,
grâce à une main duvre, certes moins compétente,
mais également meilleur marché, et de remplacer rapidement
les professeurs grévistes. Parallèlement, les postes de
surveillance seraient attribués à des emplois-jeunes effectuant
10 heures de plus pour un salaire moindre, et dont la formation
nest pas toujours, loin de là, ni adaptée à leurs
vux, ni parfois même fournie. Cette confusion dans
les statuts a, dailleurs, déjà commencé dans plusieurs
établissements. Les professeurs devront, naturellement,
assurer plus dheures de cours pour une rémunération
horaire moindre, effectuer des remplacements hors de leur
matière et remplir des tâches administratives. La réforme
des 35 heures permet de créer des emplois, non ?
Enfin, citons la suppression du CAPES de
philo et la régionalisation du CAPES, ayant pour corollaire
la fuite des étudiants désirant passer les concours denseignement
vers les régions où il y a une forte demande, ainsi que
la dévalorisation dun concours " national ".
Toutes ces mesures visent-elles, comme
le discours sefforce à nous le faire croire, à former
des citoyens créatifs et critiques ou de gentils moutons
broutant ensemble dans les prés des entreprises et de la
société ? La question reste ouverte...
Sophie Canillac
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