Un étudiant suicidé en prison.


Un étudiant de Saint-Denis, réfugié politique kurde, s'est suicidé dans une prison, en 1997. Le juge antiterroriste a-t-il utilisé la détention préventive comme moyen de pression psychique sur lui ? L'a-t-il acculé au suicide ?


Dessin d'Anne-Laure
Dessin : Anne-Laure

C'était le soir du 27 octobre 1997. Un étudiant de l'Université de Saint-Denis désespérait au fond d'une cellule de prison.
Il s'appelait Ramazan Alpaslan. Réfugié politique, il avait fuit a Turquie où il avait été torturé pour avoir milité en faveur de la cause kurde. Ce soir, il se retrouvait prisonnier, comme il l'avait été dans on pays. Pourquoi ? De quoi était-il coupable ?
Le juge, Jean-François Ricard, l'accusait d'être membre du PKK, d'être un terroriste. Mais non, il ne militait pas dans ce parti dirigé par un chef tout puissant. Refusant d'entendre ses dénégations, le juge le harcelait de questions. Depuis un an, il essayait de la faire parler. Depuis un an, Ramazan perdait espoir. Ce soir, il touchait le fond.
D'une main tremblante, il écrivit quelques mots sur un morceau de papier : "nous n'avions rien fait à vous".
Dans la nuit, les gardiens le trouvèrent pendu.

Depuis, Ramazan hante nos mémoires. Les Kurdes qui étaient en détentions préventive avec lui ont été libérés, ce qui montre leur innocence. Mais d'autres les ont remplacés. Lors des interrogatoires du juge Ricard, certains l'accusent d'avoir tué Ramazan, de l'avoir poussé au suicide. On dit que le juge se met alors dans de grandes colères, frappe les murs et crie que là n'est pas la question.
Et pourtant, l'administration pénitentiaire a diligenté une enquête. Une autopsie a été réalisée. Suivie d'une contre-autopsie, à la demande de la famille de Ramazan. La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a mené une enquête internationale afin de déterminer les responsabilités.
Beaucoup de personnes pensent que Ramazan a été acculé au suicide par le juge qui utilisait la détention provisoire comme un moyen de pression psychique sur lui.

Non content de cette expérience, M. Ricard poursuit sa lutte contre "le terrorisme kurde". Son enquête l'a menée en janvier 1998 en Turquie où il a entendu un détenu qui attendait l'exécution de sa condamnation : la peine capitale. Etait-ce pour des raisons humanitaires que M. Ricard rendait visite à un condamné à mort torturé dans les prisons d'une dictature ?
A son tour, il venait l'interroger.

Raphaël Meyssan

Dessin d'Anne-Laure
Dessin : Anne-Laure

 
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