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Photo
: Eduardo Inclan
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Dans
une première version du rapport que le
journal Libération s'était procuré,
les rapporteurs affirmaient qu' "aucune cohérence
[de l'aide sociale] ne pourra être revendiquée"
sans réforme fiscale. Pour le journaliste en charge
de ce dossier, " la version rendue publique oublie
ce qui donnait pertinence et logique à ce rapport
" , c'est à dire une réforme fiscale.
Dans sa dernière mouture, le rapport profite aussi
bien aux plus pauvres qu'aux ménages aisés.
Tout d'abord, les revenus les plus élevés
profitent de la demi-part supplémentaire accordée
lorsqu'un étudiant est rattaché au foyer fiscal
de ses parents. Par ailleurs cette mesure est injuste puisque
l'aide de 20 000 F reviendrait aussi bien aux étudiants
en situation précaire que ceux qui vivent dans une
chambrette financée par leurs parents.
Cependant,
l'Unef-id est en partie satisfaite par ce rapport
puisque le syndicat milite pour que les aides soient attribuées
en fonction de la situation de l'étudiant et non
de sa famille. " Pour la première fois,
un rapport propose de changer de logique" se félicite
Carine Seiler, présidente de l'organisation. Ces
derniers désirent que l'on prenne en compte les étudiants,
de plus en plus nombreux, dont les parents gagnent trop
pour qu'ils bénéficient des aides actuelles,
mais pas assez pour pouvoir suivre leurs études sans
travailler. L'allocation d'études créée
à la rentrée dernière allait déjà
dans ce sens. Attribuée en fonction de la situation
propre des étudiants, elle devait aider 7000 étudiants
cette année. Or, à ce jour, seuls 1300 en
profitent par faute d'information.
Le
ministère semble vouloir éviter le débat.
Le rapporteur a été violemment désavoué,
notamment sur le chiffre de 100 000 étudiants " potentiellement
sous le seuil de pauvreté " . Francine
Demichel, directrice de l'enseignement, a même estimé
qu' " on ne peut pas balancer comme ça
dans l'opinion des chiffres fantaisistes ".
Cette querelle d'épicier ne doit pas occulter le
vrai problème. Alors qu'enseignants et services sociaux
ont vu la grande précarité envahir les campus,
les gouvernements successifs s'accommodent d'un système
qui avantage les mieux lotis. Et qui tolère, selon
le rapport, que " les études longues en deuxième
et troisièmes cycles excluent un nombre important
d'étudiants pour des raisons financières ou
matérielles liées à leurs origines
sociales ".
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Photo
: Eduardo Inclan
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Il
semble que l'administration n'a pas conscience de l'extrême
précarité que connaissent certains
étudiants. Anne Thébault, assistante sociale
sur le campus de Paris XIII-Villetaneuse témoigne
: " Nos étudiants sont boursiers à
plus de 30% et souvent au taux maximum. Parfois, on s'aperçoit
qu'ils n'ont pas de quoi manger normalement ".
Pour elle, les dispositifs sont loin de fonctionner normalement :
" Un étudiant dont la famille a été
expulsée demande une aide d'urgence en octobre. En
janvier, la commission d'étude des dossiers lui a
répondu pour lui réclamer une quittance de
loyer...". Ainsi, de nombreuses personnes estiment
que la proposition du ministère vise, avant tout,
à se donner bonne conscience. Nelcya Delanoë,
professeur d'histoire américaine à Paris X-Nanterre
estime que l' "on veut faire plaisir aux syndicats
étudiants sans s'attaquer aux causes profondes. Plutôt
que d'arroser avec des subventions, il faudrait plus de
service public".
Thomas Carre-Pierrat
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