Etudiants en situation précaire

Selon le rapport de Jean-Francis Dauriac remis au ministre le 14 février dernier, cent mille étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté ( 3750 F). Pour y remédier, le rapport propose 20 000 F d'allocations pour les étudiants de maîtrise et de troisième cycle qui ne vivent plus chez leurs parents. Cette mesure peut-elle vraiment résorber les inégalités entre étudiants ?


Photo d'Eduardo Inclan
Photo : Eduardo Inclan

Dans une première version du rapport que le journal Libération s'était procuré, les rapporteurs affirmaient qu' "aucune cohérence [de l'aide sociale] ne pourra être revendiquée" sans réforme fiscale. Pour le journaliste en charge de ce dossier, " la version rendue publique oublie ce qui donnait pertinence et logique à ce rapport " , c'est à dire une réforme fiscale. Dans sa dernière mouture, le rapport profite aussi bien aux plus pauvres qu'aux ménages aisés. Tout d'abord, les revenus les plus élevés profitent de la demi-part supplémentaire accordée lorsqu'un étudiant est rattaché au foyer fiscal de ses parents. Par ailleurs cette mesure est injuste puisque l'aide de 20 000 F reviendrait aussi bien aux étudiants en situation précaire que ceux qui vivent dans une chambrette financée par leurs parents.

Cependant, l'Unef-id est en partie satisfaite par ce rapport puisque le syndicat milite pour que les aides soient attribuées en fonction de la situation de l'étudiant et non de sa famille. " Pour la première fois, un rapport propose de changer de logique" se félicite Carine Seiler, présidente de l'organisation. Ces derniers désirent que l'on prenne en compte les étudiants, de plus en plus nombreux, dont les parents gagnent trop pour qu'ils bénéficient des aides actuelles, mais pas assez pour pouvoir suivre leurs études sans travailler. L'allocation d'études créée à la rentrée dernière allait déjà dans ce sens. Attribuée en fonction de la situation propre des étudiants, elle devait aider 7000 étudiants cette année. Or, à ce jour, seuls 1300 en profitent par faute d'information.

Le ministère semble vouloir éviter le débat. Le rapporteur a été violemment désavoué, notamment sur le chiffre de 100 000 étudiants " potentiellement sous le seuil de pauvreté " . Francine Demichel, directrice de l'enseignement, a même estimé qu' " on ne peut pas balancer comme ça dans l'opinion des chiffres fantaisistes ". Cette querelle d'épicier ne doit pas occulter le vrai problème. Alors qu'enseignants et services sociaux ont vu la grande précarité envahir les campus, les gouvernements successifs s'accommodent d'un système qui avantage les mieux lotis. Et qui tolère, selon le rapport, que " les études longues en deuxième et troisièmes cycles excluent un nombre important d'étudiants pour des raisons financières ou matérielles liées à leurs origines sociales ".

Photo d'Eduardo Inclan
Photo : Eduardo Inclan

Il semble que l'administration n'a pas conscience de l'extrême précarité que connaissent certains étudiants. Anne Thébault, assistante sociale sur le campus de Paris XIII-Villetaneuse témoigne : " Nos étudiants sont boursiers à plus de 30% et souvent au taux maximum. Parfois, on s'aperçoit qu'ils n'ont pas de quoi manger normalement ". Pour elle, les dispositifs sont loin de fonctionner normalement : " Un étudiant dont la famille a été expulsée demande une aide d'urgence en octobre. En janvier, la commission d'étude des dossiers lui a répondu pour lui réclamer une quittance de loyer...". Ainsi, de nombreuses personnes estiment que la proposition du ministère vise, avant tout, à se donner bonne conscience. Nelcya Delanoë, professeur d'histoire américaine à Paris X-Nanterre estime que l' "on veut faire plaisir aux syndicats étudiants sans s'attaquer aux causes profondes. Plutôt que d'arroser avec des subventions, il faudrait plus de service public".

Thomas Carre-Pierrat

 
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