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Photo
: Edouardo Inlan-Nunez
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A
la fin de l'année 1999, des associations
d'étudiants étrangers se proposèrent
de recenser les étudiants sans-papiers de l'université
afin de défendre leurs dossiers auprès des
préfectures. Cette initiative suscita assez rapidement
une lueur d'espoir chez les personnes concernées.
Mais les attentes mises à jour à cette occasion
ne furent pas accompagnées par les syndicats étudiants.
De son côté, l'administration ne bougeait pas
non plus. La Commission des libertés, qui avait été
créée jadis pour aider les étudiants
étrangers, était proche de l'abandon. C'est
pourquoi les principaux soutiens des sans-papiers n'étaient
pas les plus modérés.
L'Association
générale des étudiants de Nanterre
(AGEN), un groupuscule maoïste s'engouffra dans la
brèche. L'AGEN avait auparavant mené une lutte
des sans-papiers à Nanterre qui avait aussi créé
un vif climat de tension. La Confédération
nationale des travailleurs (CNT) s'empara elle aussi de
la lutte et l'on vit ses militants anarchistes de toute
la région parisienne débarquer à Saint-Denis.
Très rapidement, les syndicats et associations de
l'université, qui étaient restés jusque-là
très frileux, se virent exclus du mouvement. Les
sans-papiers et ceux qui les soutiennent se marginalisèrent
rapidement. Leurs tracts, banderoles et déclarations
stigmatisèrent avec violence les "syndicats maisons",
les "pratiques fascistes de l'administration et des représentants
de la gauche plurielle", etc. [Lire
aussi notre analyse de l'évolution des tracts]
Au
lieu de défendre leur principe "une carte d'étudiant
= une carte de séjour" auprès
du ministère de l'Intérieur, les sans-papiers
prirent pour principale cible l'administration de Paris
8. Saint-Denis est pourtant la seule université en
France à accepter d'inscrire des étrangers
sans leur demander au préalable une carte de séjour.
Refusant "d'exercer ce pouvoir de police", le Conseil
d'administration de l'université avait en effet décidé,
en 1995, de ne pas appliquer la circulaire Pasqua [voir
ci-contre].
La
tension a été portée à son comble
lors d'une violente altercation entre un personnel
de l'université et un sans-papier. Chacun attribuant
à l'autre la responsabilité de l'affrontement.
Le membre du personnel est cependant à l'hôpital.
Cet événement à donné lieu à
une réaction de la part des divers salariés
de la fac. Lors d'une assemblée générale
qui se tenait le lendemain, une grève de protestation
a été votée. Le texte adopté
affirme "qu'en aucun cas nous ne remettons en cause notre
soutien à la lutte des sans–papiers", mais "nous
demandons que l'université puisse reprendre très
rapidement son cours normal et qu'elle retrouve sa vocation
première : l'enseignement pour tous, dans le calme
et la sérénité".
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Photo
: Edouardo Inlan-Nunez
Michelle
Riot-Sarcet, créatrice d'un Comité des
médiateurs, en compagnie de Maurice Courtois,
de la Commission des Libertés, à l'amphi
X
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Depuis,
la situation s'est un peu calmée.
Mais, les sans-papiers restent très marginalisés.
La "grève générale" qu'ils ont tenté
d'organiser le 9 mars a été un fiasco. Une
manifestation devant la mairie de Saint-Denis n'a rassemblé
que quelques centaines de personnes, malgré le soutien
inattendu de Léon Schwarzenberg. De leur côté,
enseignants et personnels sont divisés. Beaucoup
souhaitent seulement un retour au calme. Ceux qui militent
habituellement ne soutiennent pas les occupants de l'amphi
X. Seuls quelques-uns passent leurs journées avec
les sans papiers, comme David-Emmanuel Mendès-Sargo
du département d'anthropologie [sur
"La guerre des profs" au département d'anthropo,
lire notre article].
Plusieurs
tentatives ont été menées pour rétablir
le dialogue. Ainsi, un comité de
médiation composé de directeurs d'UFR a été
créé par Michelle Riot-Sarcet.
Le
conseil d'administration de l'université
a créé une cellule pour centraliser les dossiers
et les défendre auprès des préfectures.
Les occupants de l'amphi X ont refusé d'y participer
au nom d'une "régularisation collective et non
sélective de tous les sans-papiers".
Raphaël Meyssan
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