Sans-papiers : la fac de Vincennes divisée

Qui l'aurait cru ? L'université de Paris 8 (Vincennes-Saint-Denis) se déchire sur un mouvement de sans-papiers. Depuis le 20 janvier 2000, l'amphi central de l'université est occupé.

Photo d'Edouardo Inlan-Nunez
Photo : Edouardo Inlan-Nunez

A la fin de l'année 1999, des associations d'étudiants étrangers se proposèrent de recenser les étudiants sans-papiers de l'université afin de défendre leurs dossiers auprès des préfectures. Cette initiative suscita assez rapidement une lueur d'espoir chez les personnes concernées. Mais les attentes mises à jour à cette occasion ne furent pas accompagnées par les syndicats étudiants. De son côté, l'administration ne bougeait pas non plus. La Commission des libertés, qui avait été créée jadis pour aider les étudiants étrangers, était proche de l'abandon. C'est pourquoi les principaux soutiens des sans-papiers n'étaient pas les plus modérés.

L'Association générale des étudiants de Nanterre (AGEN), un groupuscule maoïste s'engouffra dans la brèche. L'AGEN avait auparavant mené une lutte des sans-papiers à Nanterre qui avait aussi créé un vif climat de tension. La Confédération nationale des travailleurs (CNT) s'empara elle aussi de la lutte et l'on vit ses militants anarchistes de toute la région parisienne débarquer à Saint-Denis. Très rapidement, les syndicats et associations de l'université, qui étaient restés jusque-là très frileux, se virent exclus du mouvement. Les sans-papiers et ceux qui les soutiennent se marginalisèrent rapidement. Leurs tracts, banderoles et déclarations stigmatisèrent avec violence les "syndicats maisons", les "pratiques fascistes de l'administration et des représentants de la gauche plurielle", etc. [Lire aussi notre analyse de l'évolution des tracts]

Photo d'Edouardo Inlan-Nunez
Photo : Edouardo Inlan-Nunez

Léon Schwartzenberg, venu soutenir le mouvement : "La lettre signée par Patrick Braouezc est inacceptable !"

Au lieu de défendre leur principe "une carte d'étudiant = une carte de séjour" auprès du ministère de l'Intérieur, les sans-papiers prirent pour principale cible l'administration de Paris 8. Saint-Denis est pourtant la seule université en France à accepter d'inscrire des étrangers sans leur demander au préalable une carte de séjour. Refusant "d'exercer ce pouvoir de police", le Conseil d'administration de l'université avait en effet décidé, en 1995, de ne pas appliquer la circulaire Pasqua [voir ci-contre].

La tension a été portée à son comble lors d'une violente altercation entre un personnel de l'université et un sans-papier. Chacun attribuant à l'autre la responsabilité de l'affrontement. Le membre du personnel est cependant à l'hôpital. Cet événement à donné lieu à une réaction de la part des divers salariés de la fac. Lors d'une assemblée générale qui se tenait le lendemain, une grève de protestation a été votée. Le texte adopté affirme "qu'en aucun cas nous ne remettons en cause notre soutien à la lutte des sans–papiers", mais "nous demandons que l'université puisse reprendre très rapidement son cours normal et qu'elle retrouve sa vocation première : l'enseignement pour tous, dans le calme et la sérénité".

Photo d'Edouardo Inlan-Nunez
Photo : Edouardo Inlan-Nunez

Michelle Riot-Sarcet, créatrice d'un Comité des médiateurs, en compagnie de Maurice Courtois, de la Commission des Libertés, à l'amphi X

Depuis, la situation s'est un peu calmée. Mais, les sans-papiers restent très marginalisés. La "grève générale" qu'ils ont tenté d'organiser le 9 mars a été un fiasco. Une manifestation devant la mairie de Saint-Denis n'a rassemblé que quelques centaines de personnes, malgré le soutien inattendu de Léon Schwarzenberg. De leur côté, enseignants et personnels sont divisés. Beaucoup souhaitent seulement un retour au calme. Ceux qui militent habituellement ne soutiennent pas les occupants de l'amphi X. Seuls quelques-uns passent leurs journées avec les sans papiers, comme David-Emmanuel Mendès-Sargo du département d'anthropologie [sur "La guerre des profs" au département d'anthropo, lire notre article].

Plusieurs tentatives ont été menées pour rétablir le dialogue. Ainsi, un comité de médiation composé de directeurs d'UFR a été créé par Michelle Riot-Sarcet.

Le conseil d'administration de l'université a créé une cellule pour centraliser les dossiers et les défendre auprès des préfectures. Les occupants de l'amphi X ont refusé d'y participer au nom d'une "régularisation collective et non sélective de tous les sans-papiers".

Raphaël Meyssan

 

 
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Les Sans- Papiers de Saint-Denis

Reportage photo

La fac divisée

Dernière minute... expulsion ?

Lettre d'élus communistes à Chevènement

Lettre du secrétaire général de Paris 8

 

Quelques liens sur les sans-papiers

 

La circulaire Sauvé-Marchand (29/10/91)

Elle donne aux préfectures le pouvoir de juger du "sérieux et de la réalité des études" des étudiants étrangers hors Union Européenne. Les enseignants critiquent ce principe qui transfère leurs fonctions pédagogiques à des fonctionnaires de police.

 

La circulaire Pasqua (07/07/94)

Elle fait obligation aux universités de contrôler la régularité de tout étudiant étranger avant de procéder à son inscription.
Le Conseil d'administration de Paris 8 avait affirmé "qu'il ne revient pas à l'administration universitaire d'exercer ces pouvoirs de police" (CA du 26/10/95).
Le 3 février 2000, le recteur de l'académie de Créteil a rappelé l'université à l'ordre.

 

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